Marseille: Le futur terminal portuaire de Mourepiane inquiète les quartiers nord

ECONOMIE Des habitants des quartiers nord de Marseille s'inquiètent de la construction du futur terminal de Mourepiane prévue en 2017...

Mickael Penverne

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Le port de Marseille.
Le port de Marseille. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

C’est la patate chaude du moment : le futur terminal « de transport combiné » de Mourepiane. Pilotée par le Grand port maritime de Marseille, cette nouvelle infrastructure doit voir le jour en 2017. Avec ses nouvelles voies ferrées, ses portiques et ses routes, elle est censée améliorer la desserte de l’actuel terminal à conteneurs. Le futur terminal, qui s’étendra sur 10 hectares, doit pouvoir accueillir des trains très longs qui mesureront 850 mètres, voire 1 km.

Le problème, c’est que cette nouvelle installation s’installera au cœur du 16e arrondissement, un des plus denses de la ville, à proximité des quartiers Saint-Henri, Saint-André et Consolat. Une partie des habitants s’y oppose. L’association Cap au Nord, par exemple, se bat contre ce terminal depuis 2011. Si elle s’interroge sur « l’intérêt économique » du projet, elle pointe surtout du doigt les nuisances sonores et la pollution occasionnées par l’augmentation du trafic ferroviaire et terrestre.

Les conclusions attendues d’ici fin décembre

L’association s’inquiète également des « dangers » potentiels de cette installation. « Une étude des dangers a été menée dans le cadre de l’enquête publique [qui s’est achevée le 6 novembre], rappelle Lucienne Brun, présidente de Cap au Nord. Elle indique que le terminal pourrait voir passer des produits très toxiques et très dangereux comme le chlore, l’ammonium, le nitrate d’ammonium ou encore le gaz de pétrole liquéfié ».

« La circulation de ces produits constituerait de facto une zone inconstructible tout autour du terminal, ajoute-t-elle. Que vont faire les habitants avec leur maison ou leur appartement devenu invendable ? Que fait-on de ces quartiers ? » Interrogé, le Grand port maritime de Marseille n’a pas souhaité répondre, renvoyant à l’enquête publique et aux conclusions du commissaire enquêteur qui sont attendues dans trois ou quatre semaines.

Une « lettre ouverte » aux élus

En attendant, les habitants poursuivent leur mobilisation en lançant une pétition contre le projet et en faisant pression sur les élus locaux. Cap au Nord va leur envoyer dans quelques jours une « lettre ouverte » pour leur rappeler l’opposition d’une partie de la population. « On sait bien que c'est le port qui détient la décision finale, déclare Lucienne Brun. Mais il ne pourra pas faire ce qu’il veut s’il n’obtient pas les financements des collectivités locales ».

La construction du terminal coûtera environ 60 millions d’euros, dont 75 % proviennent de fonds publics (Etat, Région, Département, communauté urbaine…). Marseille Provence Métropole, qui devait voter vendredi dernier une délibération de financement, a repoussé son examen sur décision de son président, Guy Teissier. Le texte sera étudié, et sans doute adopté, une fois connues les conclusions du commissaire-enquêteur.

Une commission de sécurité

Au conseil municipal de Marseille, une délibération à peu près identique a été adoptée mais avec des « réserves » : limiter au maximum les nuisances sonores et le trafic routier notamment à Saint-André, contrôler la circulation des produits dangereux, mettre en place une commission de sécurité pour vérifier l’application des normes, etc. « Je préfère que toutes ces réserves figurent dans l’enquête publique », note Roland Blum, adjoint au maire chargé du port.

S’il dit « comprendre » les inquiétudes des habitants, l’élu, comme beaucoup d'autres, estime que ce projet est « indispensable au développement du port ». « A chaque fois, c’est pareil, soupire-t-il. Dès que l’on fait des logements, on se prend 50 recours. Il y a même eu un original pour déposer un recours contre le Mucem… Des gens ne sont pas contents et c’est normal de les écouter pour apporter des améliorations. Mais on ne peut pas tout arrêter non plus. »