Protéger et performer, le «dilemme de l’entraineur» de gymnastique en débat à Marseille

GYMNASTIQUE Performer mais protéger des enfants en pleine croissance, c’est un débat qui hante la gym depuis des dizaines d’années. Des entraîneurs s’y confrontent ce week-end à l’occasion de l’Elite Gym Massilia…

Christine Laemmel

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Claire Martin a remporté la médaille de bronze à la poutre aux derniers championnats d'Europe, en avril 2015. (ici au sol)
Claire Martin a remporté la médaille de bronze à la poutre aux derniers championnats d'Europe, en avril 2015. (ici au sol) — P.Guyot/AFP

« Osgood-Schlatter ? Vous savez ce que c’est ? » « Ohhhh ouiiiii ». Regroupés autour d’une table du SMUC de Marseille, une vingtaine d’entraîneurs acquiescent lourdement, à la question de Claude Colombo, membre de la mission accompagnement et performance de la Fédération Française de Gymnastique. Osgood et Schlatter, sont deux médecins anglais et allemand, qui ont donné leur nom à une affection du genou, tristement célèbre chez les gymnastes. Et ce n’est que la plus imprononçable d’une longue liste : Périostite, maladie de Sever… Un point commun : elles touchent la croissance de l’os et du cartilage chez l’enfant. En formation dans le cadre de l’Elite Gym Massilia qui rassemble les espoirs de la gym internationale, jusqu’à dimanche au Palais des Sports, les coaches sont intarissables sur le sujet.

« On sait qu’on leur fait du mal »

Tous les sports de haut niveau heurtent inévitablement le corps des athlètes. La gymnastique artistique, en plus, est l’apanage de filles très jeunes, qui pratiquent à haute dose. 25 heures par semaine par exemple pour les enfants et adolescentes du Pôle France de Marseille. « Les entraînements gymniques sont surdosés, lâche le formateur comme une évidence. Au-delà de 300 impacts, on prend un risque ». Dans la salle, les entraîneurs venus de toute la région, ravalent leur salive. « Oui, c’est très peu sur un cours », appuie-t-il.

Hypothèse de déroulement de carrière d'une jeune gymnaste - FFG

 

Aucun ne découvre une réalité qui hante la gym internationale depuis des dizaines d’années. Le grand public n’a pas oublié les grossesses dopantes de l’URSS. Claude rafraîchit la mémoire de son auditoire en évoquant la radio d’une athlète de 18 ans qui en paraissait 50. « On sait qu’on leur fait du mal » dira une participante, préoccupée par le fait d’anéantir les efforts d’élèves qui « se concrétisent à 12 ans ». C’est le « dilemme de l’entraîneur », pour Claude Colombo, « faire progresser les filles alors qu’elles sont dans une période délicate ».

« J’ai une boule au ventre »

Ce passage charnière, c’est la puberté. Vers 10 ans, le corps des filles se transforme. Et subit une poussée de croissance. L’éthique de chacun intervient alors. Repérer les signes. Et « accepter de lever le pied ». Aller à l’encontre de l’insistance d’une enfant déterminée et de parents qui poussent.

Le membre de la FFG est réaliste : « A priori, les quotas, on ne va pas les changer. Pour performer, il faut commencer très tôt et avoir une grosse quantité d’entraînement. Mais il faut ajuster les charges et aller vers l’individualisation du travail. » Claude a par exemple institué un questionnaire que ses filles remplissent à chaque début de cours. Elles commentent leur état de bien-être. De « je suis très en forme » à « rien ne va ». « Elles décrivent ça très bien », se réjouit-il. Détaillant leurs contractures musculaires, ou écrivant « j’ai une boule au ventre ». Anonymes il y a quelques années, les sondages sont désormais remplis par téléphone. Donc à découvert. « On fait ça avec les toutes petites et elles prennent l’habitude. » Pour peut-être plus tard avoir le réflexe de dire stop, au bon moment.