Mort de Jonah Lomu: Pourquoi son passage à Marseille n’a pas laissé que des bons souvenirs

RUGBY L'aura du joueur mythique s'est dissoute dans la folie des grandeurs d'un club local...

Christine Laemmel

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Jonah Lomu en 2009 au Stade Vélodrome
Jonah Lomu en 2009 au Stade Vélodrome — GERARD JULIEN / AFP

Evidemment, l’homme ne fait pas débat. Humble. Abordable. Battant. Les adjectifs sortent sans discontinuer de la bouche tremblante de ses anciens partenaires. « Convivial sans être un grand fêtard », explique Stéphane Niego, retraité provisoire du rugby, dévoilant comment Jonah Lomu avait invité toute l’équipe dans sa maison des hauteurs de Marseille. « Une icône » mais surtout « un mec bien » qui faisait tout « comme un enfant », raconte David Gérard, l’ancien deuxième ligne de Toulon.

« Lomu n’a pas marqué sportivement le club »

Cathéter dans le bras en permanence, l’ailier débarque à Vitrolles en 2009. Cinq ans avant, il subit une première greffe de rein. Et doit se faire dialyser régulièrement. En tout, Jonah Lomu est titularisé six fois. « Les médecins disaient que c’était impossible mais l’envie était trop forte, se souvient Alain Hyardet, son coach de l’époque. Alors on a essayé de trouver des solutions pour qu’il retrouve du plaisir. » Jonah Lomu animait des ateliers sur la culture rugbystique des Alls Blacks. « Il nous faisait faire des séances de rucks à la néo-zélandaise » se remémore un Stéphane Niego ému.

L’émission Stade 2 interviewe Jonah Lomu en 2009 :

Affaibli, oui, Lomu l’était forcément. A tel point que Damien Gauriat, joueur puis entraineur à Vitrolles, comme son père avant lui, préfère retenir « le Lomu d’avant », même s’il a croisé son idole en chair et en os plusieurs fois dans les couloirs. « Ses deux essais contre l’Angleterre en 1995 » plutôt que son maillot marseillais. « Lomu n’a pas marqué sportivement le club, on ne peut pas dire ça, enchaine le talonneur de Berre, club de Fédérale 3. Il était déjà sur la fin. Sa venue était un coup de pub. »

Une « année exceptionnelle » qui vire au fiasco financier

Quand la star de 34 ans pose ses valises sur le bord de l’Etang de Berre, Marseille Vitrolles Rugby est né depuis deux ans, de la fusion de Marseille Provence XV et du Racing club de Vitrolles. Avec l’ambition (toujours pas assouvie) d’implanter un grand club de rugby dans le département. Claude Atcher, alors président, recrute Lomu, mais aussi David Gérard, ancien champion de France avec Toulouse en 2001 et Alain Hyardet, entraîneur de Clermont ou Montpellier. « C’était une année exceptionnelle », revit le coach. Mais qui a tourné au fiasco financier dès l’été 2010. Le Tribunal administratif rétrograde le club en Fédérale 2 pour mauvaise gestion. Dans la foulée, les grands noms quittent le navire et Marseille Vitrolles devient le Stade Phocéen.

« On espérait quelque chose de plus positif »

« Je crois que le club devait encore des sous à Lomu », rebondit Damien, affirmant que des joueurs sont toujours en procès. « C’était un club de mercenaires », lâche-t-il, qui a remué les tripes des locaux. Lomu lui-même, a accusé les dirigeants « de ne pas avoir été honnêtes », dans une interview accordée au magazine Tampon, avant le mondial en Angleterre. Des remous « politiques » pour Stéphane Niego, qu’il se passe de commenter, même si en effet, « on espérait quelque chose de plus positif ».

« Le rugby a-t-il progressé dans le coin grâce à Jonah Lomu ? s’interroge Damien. Je ne crois pas. » Mais personne n’a oublié « l’aura » magique du All Black. « Les gens et la ville étaient fantastiques, avait confié Lomu à Tampon. Notre plus jeune fils continue de nous dire "Je veux retourner à Marseille". Il est né là-bas. Alors c’est notre petit français. » Bien avant son décès, les photos de l’ailier ont été retirées à Vitrolles, en même temps que le nom du club. Le Stade Phocéen a emporté les miettes. Jonah Lomu, la légende.