Marseille: Zebra alternative guide les enfants intellectuellement précoces

INITIATIVE La structure accueille des adolescents souvent en rupture scolaire…

Amandine Rancoule

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Le 13 NOVEMBRE 2015 à Marseille L'association Zebra accueille des adolescents
Le 13 NOVEMBRE 2015 à Marseille L'association Zebra accueille des adolescents — Amandine Rancoule / 20 Minutes

Léo part acheter un gâteau en ville pour Claire, la psychologue de l’association marseillaise Zebra Alternative. La veille, c’était son anniversaire. Les adolescents de Zebra et les intervenants veulent fêter ça dignement à midi, autour d’un repas commun. Ça sera des spaghettis « sauce bolognaise améliorée », préparés lors de l’atelier cuisine du matin.

« Une intelligence différente, pas supérieure aux autres »

L’association accueille depuis quatre ans des adolescents intellectuellement précoces, déscolarisés, ou en partie scolarisés, profitant d’un emploi du temps aménagé. « On n’est pas du tout dans le scolaire, c’est davantage un souffle, une pause dans la scolarité pour appréhender le futur, explique Valérie Husson, la directrice de la structure. Les enfants qui arrivent ici sont souvent dans une grande détresse. Ils ont une intelligence différente, pas supérieure aux autres, mais différente ».

« C’est un centre ressource pour les relancer dans leur dynamique de vie », ajoute Jeanne Siaud-Facchin, psychologue et fondatrice de l’association, unique en France. En 2003, elle fait ce constant alarmant : 23 % des adolescents hospitalisés en psychiatrie sont surdoués. « Je ne compte plus le nombre de fois où on a été désemparé », glisse-t-elle. Elle crée plus tard ce centre, une véritable réponse pour ces enfants atypiques.

Dans son livre Je suis un zèbre, sortie dernièrement aux éditions Payot, Tiana, 19 ans, raconte cette différence*. « Mon passage à l’association m’a aidée à reprendre confiance, c’est cliché de dire ça mais on est comme une grande famille, on s’aide beaucoup entre nous », raconte la jeune femme. Car tous ont « un passé commun ». « Brimades, moqueries, rejet », énumère Tiana.

 

« Les gens disent " Ah mais tu es surdoué, c’est génial ". Mais non »

« On est différent mais en même temps on a tous vécu plus ou moins la même chose, on voit que l’on n’est pas seul à avoir les mêmes soucis, pense aussi Léo, 17 ans. Les gens disent " Ah mais tu es surdoué, c’est génial ". Mais non, pour moi c’est handicapant », ajoute-t-il, en roulant sa cigarette. Léo a quitté l’école en sixième et a intégré Zébra cet été. Lorsqu’il est arrivé, il était « dans le flou artistique », il « flippait ». Maintenant, il a un objectif : « Demain, j’aurai un diplôme », celui de moniteur spécialisé.

« Un projet individualisé est prévu avec chaque enfant, souligne Valérie Husson. Par exemple, un adolescent qui passe son bac scientifique va devoir aller en cours de maths tous les lundis matin ». Dans la salle commune de la structure, l’emploi du temps de la semaine est résumé sur des feuilles blanches, collées au mur du fond. Il y a du théâtre, des ateliers BD, musique…

Le 13 NOVEMBRE 2015 à Marseille L’association Zebra - Amandine Rancoule/20 Minutes

 

« On fait en sorte que les adolescents soient toujours occupés », souligne Valérie Husson. Et pour ça, l’association à la carte magique « Xavier », l’éducateur spécialisé. A la volée, il organise un match de basket avec un petit groupe d’adolescents. Tout le monde s’en donne à cœur joie. « Ici, l’esprit et le corps se réconcilient », résume Xavier. Juste avant, une partie d’échecs a fixé l’attention des enfants pendant un long moment.

Le 13 NOVEMBRE 2015 à Marseille L’association Zebra - Amandine Rancoule/20 Minutes

Pour la photo, c’est carrément la mise en scène. « Mais, ils vont dire que comme on est des surdoués, on joue aux échecs », plaisante l’un d’eux. L’air de rien, son camarade, manipule plusieurs pièces du jeu et le prend au dépourvu : « Attends, je te mets un échec et mat alors ».

*Une rencontre autour de Je suis un zèbre se déroule samedi 28 novembre à la librairie Maupetit à 17 heures.

Les « zèbres »

Le terme a été inventé par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin pour désigner les personnes précoces, les surdouées. « J’ai choisi un animal singulier, le seul équidé que l’Homme n’arrive pas à dompter », explique-t-elle. Chaque zèbre a également de rayures uniques, comme les empreintes digitales des humains. « Les rayures peuvent aussi être comparées à des griffures », ajoute la fondatrice de Zébra Alternative.