Pollution dans les Calanques: Les questions qui se posent sur l'autorisation de rejet de boues rouges

ENVIRONNEMENT Les opposants aux rejets liquides de l'usine Alteo en appelle à la ministre de l'Environnement...

Mickael Penverne

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Boues rouges avec des résidus de bauxite à Gardanne, le 8 octobre 2010
Boues rouges avec des résidus de bauxite à Gardanne, le 8 octobre 2010 — Anne-Christinne Poujoulat AFP

L’affaire des boues rouges entre bientôt dans son épilogue. Sans surprise, la commission d’enquête publique a rendu mardi un avis favorable à la demande de l’industriel Alteo de continuer à rejeter des « effluents liquides » au large de Cassis, au cœur du Parc des calanques.

Quels sont ces « effluents liquides » ?

Pendant plusieurs décennies, l’usine Alteo, situé à Gardanne, a été autorisée à rejeter en mer des rejets solides. Cette autorisation prend fin le 31 décembre. La direction s’est engagée à ne plus rejeter ces déchets à partir de cette date mais demande de pouvoir déverser, à partir du 1er janvier, des « effluents liquides » qui sont en fait des eaux « de procédé » contenant des traces de métaux lourds (arsenic, fer…) très polluants.

Que dit la commission d’enquête publique ?

Comme le Parc des calanques en 2014, la commission d’enquête publique émet un « avis favorable » au rejet de ces eaux industrielles en l’accompagnant de plusieurs conditions. Selon Didier Réault, président du conseil d’administration du Parc des calanques, elle préconise notamment l’installation d’une commission scientifique « indépendante » pour analyser les rejets. Elle recommande également d’établir une « clause de revoyure » à cette autorisation tous les cinq ans. « Le parc prendra ses responsabilités. Ils nous auront sur le dos, assure l’élu. On va - enfin - faire le travail qui n’a jamais été fait, c’est-à-dire faire comprendre à Alteo qu’il faut réduire la pollution, ou lui imposer si nécessaire ».

Quels sont les engagements d’Alteo ?

Confrontée à une opposition de plus en plus forte de la part d’associations, d’élus et de pêcheurs, la direction de l’usine s’est engagée à « inventer un procédé qui permettra de traiter, soit complètement, soit partiellement, les effluents liquides ». L’entreprise indique avoir pris des contacts avec des « start-up » pour mettre au point une technologie capable de « réduire ces rejets ». Une promesse qui ne convainc pas les défenseurs de l’environnement. « Je suis écœuré, souffle Noël Collura, adjoint au maire de La Ciotat. On savait que l’usine n’allait pas fermer du jour au lendemain mais là, on leur fait un chèque en blanc. Si on leur donne une autorisation de 30 ans, ils vont attendre 29 ans avant de se bouger ».

Quel est désormais le calendrier ?

Après l’avis de la commission d’enquête publique, c’est au Conseil supérieur national de la prévention des risques à Paris, puis au Conseil départemental de l’environnement, des risques sanitaires et technologiques de donner leur avis. Le préfet rendra sa décision avant le 31 décembre.

Existe-t-il des recours possibles ?

Stéphane Bouillon rédigera son arrêté d’autorisation (ou de refus) après avoir demandé l’avis de la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal. C’est sur elle désormais que se portent tous les espoirs des opposants aux rejets. La ministre a déjà exprimé son refus des rejets liquides en mer. « A l’époque, elle avait parlé avec son cœur, déclare Noël Collura. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’elle qui peut faire quelque chose ». C’est elle qui a « les clés en main », confirme Didier Ranc, pêcheur et patron de la Prud’homie de la Seyne-sur-Mer, dans le Var. « Dans le contexte de la COP21 à Paris, c’est une question de crédibilité. Elle s’est positionnée contre toutes les formes de pollution. Elle doit passer aux actes maintenant », conclut-il.