Marseille: Avis favorable de la commission pour continuer à déverser des rejets industriels

ENVIRONNEMENT Altéo bénéficie d’un droit à expédier en mer ces résidus à 7 km au large de Cassis…

A.R. avec AFP

— 

Des "boues rouges", issues des résidus de bauxite, près de Gardanne.
Des "boues rouges", issues des résidus de bauxite, près de Gardanne. — Anne-Christine Poujoulat AFP

La commission d’enquête publique a rendu un avis favorable à la demande de l’industriel Altéo de continuer à rejeter, au large de Marseille, en plein cœur du Parc national des Calanques, des résidus issus de la production de bauxite. Dans son avis daté du 23 octobre, la commission d’enquête donne « un avis favorable à la demande de concession du domaine public maritime » formulée par l’industriel.

Le préfet devrait rendre une décision « d’ici la fin de l’année », a indiqué la préfecture. Ce dossier provoque un débat passionné entre scientifiques, défenseurs de l’environnement et ceux qui veulent maintenir cette activité industrielle à Gardanne.

L’autorisation de rejet prend fin au 31 décembre

Depuis près de 50 ans, cette usine, un ancien site de production d’alumine de Pechiney et du géant minier anglo-australien Rio Tinto, racheté en 2012 par le fonds d’investissement américain HIG et renommé Alteo, bénéficie d’un droit à expédier en mer ces résidus, jusque-là des boues rouges, à 7 km au large de Cassis.

Une autorisation de rejet qui prendra fin au 31 décembre. Mais depuis que le conseil d’administration du Parc national des calanques, un site naturel proche de Marseille, a prolongé en septembre 2014 de 30 ans la dérogation, les esprits s’échauffent : pêcheurs, riverains, et experts en biologie marine n’ont de cesse de clamer le caractère aberrant d’une telle installation en plein cœur d’un nouveau parc marin.

« C’est aberrant, scandaleux de vouloir continuer des rejets dans un parc national », s’emporte Henri Augier, ancien directeur aujourd’hui à la retraite du laboratoire de biologie marine de la faculté de Marseille-Luminy, détaillant les polluants issus de la production d’alumine, soude, arsenic, métaux lourds…

 

La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, était immédiatement montée au créneau après le premier avis du conseil d’administration du Parc, rappelant que seul le préfet pouvait délivrer une telle autorisation « au nom de la ministre, au terme d’une instruction menée par les services de l’État ». Ségolène Royal avait demandé des études complémentaires notamment sur la faune marine.

De son côté Altéo affirme que son nouveau procédé permettra de débarrasser les rejets des parties solides et par conséquent qu’il ne déverserait plus de « boues rouges » au sens strict mais un effluent liquide.

A lire aussi : La Ciotat se soulève contre les boues rouges

Une solution qui ne satisfait pas les professionnels de la mer et notamment les pêcheurs qui ont à nouveau interpellé la ministre de l’Ecologie. Dans un courrier du 9 novembre, signé du premier prud’homme de la Ciotat, Gérard Carrodano, ils attirent notamment son attention sur la vétusté de l’émissaire, ce tuyau qui débouche large de Cassis, et qui, selon eux, n’est plus en état de fonctionnement et n’a toujours pas fait l’objet d’une expertise.