La rue de l'Arc, à Noailles.
La rue de l'Arc, à Noailles. — Mickaël Penverne / 20 Minutes

SOCIETE

Marseille: La mairie veut imposer un «visa vert» pour mettre des pots de fleurs dans la rue

La mairie veut faire signer une charte de végétalisation aux associations et aux habitants...

Au menu du conseil municipal de lundi : 250 rapports. Parmi eux, la charte de végétalisation de l’espace public. Après les rues de Chateauredon, de l’Arc et Sénac, la rue d’Aubagne a été végétalisée à son tour il y a quelques mois. Depuis plusieurs années, le phénomène s’étend dans le centre-ville au rythme des initiatives des associations et des habitants qui trouvent là un moyen d’embellir leur quartier mais aussi de rencontrer et de tisser des liens avec leurs voisins.

Jusqu’à présent, ces initiatives étaient entièrement spontanées et n’obéissaient à aucune règle d’aménagement ou d’urbanisme. La charte de la mairie veut changer cela. Ce document, explique la municipalité dans un discours qui se veut rassurant, vise à « accompagner et soutenir les initiatives de végétalisation des rues ». Il promet également de « promouvoir les actions collectives qui contribuent à embellir le cadre de vie ».

Un passage de 1,40 mètre

Le problème, c’est que toute personne (ou association) désireuse de mettre des plantes ou des fleurs dans sa rue devra d’abord signer cette charte afin d’obtenir une « autorisation d’occupation temporaire (AOT) du domaine public ». Autrement dit, il faudra demander un « visa vert » à la mairie pour installer des jardinières et des pots de fleurs sur le trottoir. Le détenteur de ce « visa » devra, en outre, s’acquitter de devoirs soigneusement répertoriés.

Il devra s’engager à maintenir propre la rue, ramasser les déchets et prendre soin des plantes. Il lui incombera aussi de les arroser « régulièrement, sans laisser d’eau stagnante afin d’éviter notamment la propagation du moustique-tigre ». Il devra évidemment respecter les aménagements urbains (bancs, potelets…). Plus compliqué, notamment à Noailles, il devra « laisser libre le cheminement piéton », c’est-à-dire une largeur minimale de passage de 1,40 m.

« On marche sur la tête »

Pour l’opposition socialiste, cette Charte de la végétalisation est une « affaire improbable » : « La mairie considère visiblement que cette jungle urbaine n’a que trop duré, ironise Benoît Payan, conseiller municipal. Il faudra donc une autorisation au préalable pour mettre un pot de géranium ! La mairie n’a pas d’autre initiative que celle-là pour régler les problèmes du quartier ? Et va-t-on envoyer un fonctionnaire pour vérifier la taille et l’emplacement des plantes ? On marche sur la tête, là ».

Monique Cordier, l’adjointe au maire chargée des espaces verts, se dit surprise par la polémique. « Si l’on occupe un espace public sans droit ni titre, cela peut générer des problèmes », explique-t-elle citant l’exemple des plantes allergènes ou envahissantes ou encore des jardinières trop volumineuses et dangereuses pour les personnes malvoyantes. « La végétalisation peut être plaisante mais elle peut être aussi sujette à des accidents, répète-t-elle. Nous mettons du droit là où il y a un semblant d’anarchie ».

D’autres villes

A l’association Destination familles, qui avait participé en avril à la végétalisation de la rue d’Aubagne, on ne voit pas forcément d’un mauvais œil l’application de cette charte. Des villes comme Paris, Lyon ou Bordeaux ont déjà mis en place ce genre de réglementation, fait d’abord remarquer Monira Rivet. « Et puis, c’est vrai qu’il ne faut pas mettre n’importe quoi dans les pots : pas de plantes invasives, des plantes économes en eau, etc. »

« Il y a peut-être un risque de freiner les initiatives mais il s’agit de l’espace public qui doit être un espace partagé, ajoute la directrice de l’association, urbaniste de formation. C’est un peu compliqué mais si c’est fait de manière intelligente et si la mairie ne revient pas sur ce qui existe déjà, à mon avis, ça ne posera pas de problème. On attend de voir ».