Marseille: «Est-il plus difficile d’arbitrer l’OM qu’un autre club?»

FOOTBALL A l’occasion des Journées nationales de l’arbitrage, le chercheur Fabrice Dosseville revient sur les compétences émotionnelles à mettre en œuvre sur un terrain, comme celui du stade Vélodrome…

Caroline Delabroy

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L'arbitre Ruddy Buquet lors du très tendu OM-OL, le 20 septembre 2015.
L'arbitre Ruddy Buquet lors du très tendu OM-OL, le 20 septembre 2015. — FRANCK PENNANT / AFP

L’OM et l’arbitrage, c’est une vieille histoire. Sur son site officiel, en fin de saison dernière, le club se piquait même sans vergogne au jeu des « 10 erreurs qui coûtent cher à l’OM ». Et ce début de championnat ne déroge pas à la règle : après les incidents lors de OM-OL pour la 6e journée de Ligue 1, qui ont valu au club la sanction de deux matchs à huis clos partiel, le président Vincent Labrune n’a pas manqué de pointer la responsabilité de l’arbitre Ruddy Buquet. Lequel a officiellement reçu les félicitations du patron des arbitres nationaux, Pascal Garibian, qui a salué dans un communiqué « une performance arbitrale de très haut niveau, dans un contexte sportif anormal et un climat délétère ».

Alors que s’ouvrent mercredi les Journées nationales de l’arbitrage, l’occasion était trop belle de se poser LA question : « Est-il plus difficile d’arbitrer l’OM qu’un autre club ? ». « Les arbitres vous diront qu’il n’y a pas de différence entre arbitrer un match à Marseille ou un autre qui se joue à Paris, Lyon ou Bordeaux, le chercheur que je suis s’intéressera à la dimension émotionnelle en jeu », avance Fabrice Dosseville, professeur à l’université Caen-Normandie, qui travaille sur les processus de décision dans l’arbitrage.

Question de curseur

Et dans le champ des émotions, le football offre un spectre large. Qu’il s’agisse d’un match à enjeux, de la réputation de tel joueur voire de tel président de club, des relations avec le public, sans oublier la peur de l’erreur ou la gestuelle au moment de sortir un carton rouge, les occasions de fortes charges émotionnelles sont nombreuses. « Quand vous avez un stade Vélodrome qui vous crie dessus, cela peut être compliqué à gérer, affirme Fabrice Dosseville. Un arbitre doit être solide émotionnellement. »

« Je ne veux cependant pas croire qu’on arbitre différemment une rencontre avec l’OM, poursuit-il. La seule chose qui peut changer est à mon sens le curseur ». Il cite l’exemple du jeu anglais, qualifié souvent de plus « viril ». où l’arbitre va laisser passer un peu plus d’agressivité qu’en France, où le curseur sera placé différemment. « Les arbitres qui ont le plus de compétences émotionnelles sont capables de garder le curseur au même endroit pendant la rencontre, et ce quels que soient les événements, même après une erreur d’arbitrage ». A Marseille, peut-être plus qu’ailleurs, disons que ces compétences sont largement éprouvées.