Hollande au camp des Milles: Une tribune de l'antiracisme sur un lieu de mémoire

SOCIETE François Hollande était en visite ce jeudi dans l'ancien camp d'internement et de déportation...  

M.P. avec AFP

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Le président français Francois Hollande  au Camp des Milles à Aix en Provence le 8 octobre 2015
Le président français Francois Hollande au Camp des Milles à Aix en Provence le 8 octobre 2015 — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT AFP

François Hollande a inauguré ce jeudi au camp des Milles, près d’Aix-en-Provence, une chaire de l’Unesco. C’est la première fois qu’un président de la République se déplace dans ce lieu de mémoire.

Le camp des Milles, à l’origine, c’est quoi ?

C’est le seul grand camp d’internement et de déportation sous commandement français encore intact. Ouvert en septembre 1939, le camp des milles est une ancienne tuilerie située près d’Aix-en-Provence progressivement transformée en camp d’internement et de déportation vers les camps nazis.

Combien de personnes ont transité par ce camp ?

Dans ce bâtiment furent internées plus de 10.000 personnes de 38 pays. De septembre 1939 à juin 1940, ce fut un camp pour « sujets ennemis », souvent des étrangers antifascistes et réfugiées en France. C’est ainsi que de nombreux artistes et intellectuels allemands ou autrichiens réfugiés en France, majoritairement juifs, se retrouvèrent derrière les barbelés. Les peintres Max Ernst et Hans Bellmer, les écrivains Lion Feuchtwanger ou Walter Hasenclever, ou encore le prix Nobel de médecine Otto Meyerhoff, furent de ceux-ci. De juillet 1940 à juillet 1942, ce fut un camp pour « indésirables » de Vichy, notamment des anciens des Brigades internationales ainsi que des Juifs expulsés du Palatinat, du Wurtemberg et du pays de Bade. Enfin, d’août à septembre 1942, ce fut un camp de déportation des Juifs. Plus de 2.000 hommes, femmes et enfants ont transité par le camp des Milles pour être déportés vers Auschwitz via Drancy ou Rivesaltes. Le plus jeune avait un an.

Quand a-t-il été rénové ?

Il aura fallu trente ans de mobilisation pour le Mémorial soit restauré et ouvert au public. Il a été inauguré en 2012 par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Selon « L’éducation est au cœur » de ce projet, déclarent ses initiateurs : « S’appuyant sur la force du lieu et sur son histoire, il s’agit de montrer jusqu’où peut aller le rejet de l’autre, par une présentation pédagogique des mécanismes individuels et collectifs qui mènent au génocide ».

Pourquoi François Hollande est-il venu maintenant dans ce camp ?

Officiellement, il vient inaugurer une chaire de l’Unesco intitulée « Education à la citoyenneté, sciences de l’Homme et convergence des mémoires » qui a pour vocation de traduire « l’importance de la mémoire pour éclairer le présent et pour nourrir l’éducation à la citoyenneté ». Mais cette visite se situe aussi dans un contexte électoral marqué par la poussée du Front national, notamment en PACA, à deux mois des élections régionales.

Quelques heures après son altercation avec Marine Le Pen au Parlement européen de Strasbourg, le président de la République a fait de sa visite une tribune contre le racisme : « La République ne connaît pas de races ni de couleurs de peau. Elle ne reconnaît pas de communautés. Elle ne connaît que des citoyens, libres et égaux en droit. Et ce n’est pas négociable », a-t-il déclaré. Il a annoncé, dans la foulée, une nouvelle loi pour faire de « toute inspiration raciste ou antisémite (une) circonstance aggravante pour une infraction ». Ce texte sera présenté avant la fin de l’année, a-t-il promis.

En septembre, quatre associations (Licra, Mrap, SOS racisme et Ligue des droits de l’homme) ont lancé du camp des Milles un appel national contre la montée « des extrémismes, des racismes, de l’antisémitisme et des discriminations ». « Ces idées sont aujourd’hui au cœur du débat public, dont elles donnent trop souvent le ton, ont-elle déclaré. Elles entendent conquérir du terrain lors des prochaines élections régionales. Il est urgent d’y porter un coup d’arrêt ».