Vaucluse: Trente ans de prison pour avoir torturé ses voisins

JUSTICE Le tribunal a reconnu l'altération du discernement...

M.P. avec AFP

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Justice: balance de la justice
Justice: balance de la justice — Jacques Demarthon AFP

La cour d’assises du Vaucluse a, ce mercredi, condamné à 30 ans de réclusion criminelle Jin Linotte qui avait torturé et frappé à mort ses deux voisins au Pontet en 2012.

Soulignant « l’organisation » et « le comportement rationnel et lucide » de l’accusée, l’avocate générale Gwenaelle Le Flao avait requis 30 ans de réclusion assortis d’une période de sûreté de 20 ans. Elle avait écarté la réclusion criminelle à perpétuité « compte tenu du fait qu’il est reconnu à Jin Linotte une altération du discernement, même si, et j’insiste là-dessus, elle est considérée comme responsable ».

« Incontestablement dans ce dossier, nous sommes dans le cadre d’actes (…) commis avec brutalité et cruauté, qui ont fait endurer un supplice aux victimes, une souffrance physique et morale intolérable », avait ajouté Gwenaelle Le Flao.

Trois jours de tortures

L’accusée, dont l’avocat Victor Gioia a annoncé qu’il allait faire appel de sa condamnation, a affirmé ne plus se souvenir de la période allant du 25 au 28 octobre 2012, les trois jours durant lesquels elle a porté de multiples coups de couteau, de marteau et de cutter, à Bruno Declas, 50 ans, et Didier Gérard, 53 ans, qu’elle avait attachés à un lit, avant de les étouffer et d’incendier leur cadavre.

« Une image me revient souvent, du sang, quelqu’un qui me parle. Je tournais en rond dans l’appartement, j’avais l’impression que le temps s’était figé », a-t-elle dit. « Je ne me reconnais pas dans tout ce qui a été dit. Pour moi, c’est un film, on parle de quelqu’un d’autre, on ne parle pas de moi ».

D’origine coréenne, l’accusée aux longs cheveux noirs a connu un parcours chaotique depuis son adolescence, entre petits boulots, alcoolisme, toxicomanie, dettes et retrait de l’autorité parentale de son fils né en 1994. Selon un expert psychiatre, Jin Linotte présente une personnalité sensitive, une forme de paranoïa qui constitue un « trouble psychique qui a altéré son discernement ».

Une bombre

« Jin Linotte au cours de cette existence tragique c’est une bombe qui se charge de poudre à chaque fois qu’elle essuie un refus. L’expulsion, c’est la mèche », a plaidé son avocat Victor Gioia. Elle avait vécu l’éviction de son logement après trois ans de loyers impayés comme « un constat d’échec, d’humiliation », ce qui a constitué un « facteur précipitant » son passage à l’acte, a relevé l’expert psychiatre.

Selon lui, Jin Linotte « vivait la présence de ses voisins de façon agressive et persécutrice ». Elle leur reprochait de faire du bruit, de l’empêcher de dormir et d’être responsables de son expulsion. « La mort des victimes demeure la seule solution pour que s’arrête la souffrance morale », a observé la psychologue Claudine Fuyat.