Bouches-du-Rhône: Des maires donnent les clés de leurs communes au préfet

SOCIETE Ils protestent contre le durcissement de la position de l'Etat qui veut imposer des logements sociaux...

Mickael Penverne

— 

Marseille, le 7 octobre 2015, les maires manifestent contre le logement social
Marseille, le 7 octobre 2015, les maires manifestent contre le logement social — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Une quinzaine de maires des Bouches-du-Rhône, très remontés, ont remis symboliquement les clés de leurs communes au préfet de région Stéphane Bouillon pour protester contre l’obligation de construire un quota de logements sociaux sur leur territoire. Quinze ans après l’adoption de la loi de solidarité urbaine (SRU) qui impose à toutes les communes de plus de 3.500 habitants de proposer 25 % de logements sociaux, plus de 200 d’entre elles n’ont toujours pas rempli cet objectif.

Il y a deux semaines, François Hollande a affirmé la volonté de l’Etat de sévir contre les « mauvais élèves » en menaçant de préempter les terrains pour délivrer les permis de construire et produire lui-même les logements. Dans les Bouches-du-Rhône, 42 municipalités « présentent un retard sensible », selon la préfecture. « Une commune sur quatre seulement a atteint son objectif triennal sur la période 2011-2013. Or, le manque de logements abordables (…) est un frein à l’attractivité économique du territoire », indique-t-elle dans un communiqué.

Costumes sur mesure

Les maires du département crient au scandale et justifient le non-respect des quotas par le manque de moyen. « Il me manque actuellement 500 logements sociaux, témoigne Roland Mouren, maire de Châteauneuf-les-Martigues. Il faudrait construire 1.500 logements en tout pour garantir la mixité sociale. On n’y arrivera jamais ». « J’ai un village médiéval. Comment je fais pour appliquer les 25 % [de logements sociaux] sur des constructions de l’an 500 ? », s’interroge de son côté Béatrice Aliphat, maire de Saint-Mitre-les-Remparts.

Selon ces élus, la loi SRU ne pourrait pas s’appliquer uniformément à toutes les communes. « C’est une loi aveugle, s’insurge Georges Cristiani, maire de Mimet et président de l’Union des maires, une association très hostile à la future métropole. L’Etat nous donne des leçons alors que le problème du logement est un problème national ». « Nous sommes favorables aux politiques de logement social mais il nous faut des costumes sur mesure, renchérit Danielle Milon, maire de Cassis. Sur quel terrain l’Etat va-t-il préempter ? Les espaces boisés classés ? Les terrains agricoles ? »

Le calendrier fixé

Face à ces critiques, Stéphane Bouillon tente de calmer le jeu mais reste inflexible sur les objectifs fixés par l’Etat. « Le gouvernement nous demande de passer avec les maires un contrat de mixité sociale qui va nous permettre de prendre en compte les difficultés existantes sur leur territoire : les contraintes environnementales, naturelles, technologiques… », déclare-t-il.

Même si le ton se veut apaisant, et même si les appels au dialogue sont répétés, le discours reste ferme. « Nous sommes prêts à discuter avec les maires, ajoute le préfet de région. L’Etat s’engagera et en contrepartie, ils (les maires) s’engageront à produire un élan pour atteindre les objectifs fixés ». Le calendrier est d’ailleurs fixé : prochaine réunion avec les bailleurs sociaux le 16 octobre, et une signature des contrats de mixité sociale avant la fin du printemps 2016.