Marseille: Les ex-Fralib mettent leur thé en rayon

ECONOMIE Les consommateurs peuvent trouver leurs productions à Auchan Aubagne et Carrefour La Ciotat...  

Mickael Penverne
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Marseille, le 25 septembre 2015, les Fralib mettent en rayon leur thé 1336 a Auchan Aubagne.
Marseille, le 25 septembre 2015, les Fralib mettent en rayon leur thé 1336 a Auchan Aubagne. — Mickaël Penverne / 20 Minutes

Ils sont arrivés avec le sourire cette fois. Les ex-Fralib ont fait leur entrée samedi dans le centre commercial Auchan d’Aubagne, là où il y a encore quelques mois, ils venaient régulièrement « vider » les rayons du supermarché de tous les produits Unilever qu’ils trouvaient. Des actions coups de poing pour alerter le public sur leur combat contre la multinationale anglo-néerlandaise qui voulait délocaliser leur usine en Pologne.

Quatre ans de lutte plus tard, 1336 jours pour être exact, ils sont à nouveau devant les portes du grand magasin. Mais cette fois, le climat est beaucoup plus détendu. Olivier Leberquier et Gérard Cazorla, les deux leaders syndicaux, étaient accompagnés samedi de Martine Minville, la secrétaire d’Etat à l’Economie sociale et solidaire, de Stéphane Bouillon, préfet des Bouches-du-Rhône, et de Christophe Castaner, tête de liste socialiste aux élections régionales.

« Ils enlevaient les produits Unilever, on les remettait après leur départ »

Et pour les accueillir : Pascal Peron, le directeur du centre commercial. « Notre magasin fut le territoire de l’expression d’une lutte. Aujourd’hui, nous sommes contents qu’il devienne le territoire de l’expression d’une histoire positive », pérore-t-il. Pas de rancune, donc ? Pascal Peron sourit : « Ils enlevaient les produits Unilever des rayons mais il n’y avait jamais de casse. On les remettait après leur départ, voilà tout ».

Pour fêter l’arrivée des premières boîtes de thé « 1336 » dans son magasin, il leur a offert un emplacement de choix : une tête de gondole pendant dix jours. Les boîtes d’infusions à la verveine, de thé à la camomille ou de caramel sont vendues 2,99 euros l’unité. Autour du petit stand de dégustation dressé pour l’occasion, Jean-Marc, cheveux coupés court et T-shirt rouge sur les épaules, mesure le chemin parcouru.

« Je viens du Havre à la base, explique-t-il. Ils [Unilever] ont fermé l’usine là-bas en 1998 et nous ont dit de venir dans le sud. J’ai donc vécu les deux luttes : Le Havre et Fralib. On se battait simplement pour avoir un salaire. Heureusement qu’on a eu beaucoup de soutiens à l'époque. Aujourd’hui, on bosse pour nous et on n’a plus d’actionnaires qui se gavent sur notre dos (…). L’avenir est plus serein, c’est sûr. Psychologiquement, ça va beaucoup mieux. »

Les avantages de la coopérative

Scop-TI, la coopérative qu’ont créée les ex-ouvriers de Fralib, table sur une production de 250 tonnes la première année et un chiffre d’affaires de trois millions d’euros. Elle compte 27 salariés et trois embauches supplémentaires sont prévues d’ici la fin de l’année. En plus d’Auchan d’Aubagne, les infusions et thés « 1336 » sont aussi présents au Carrefour de La Ciotat. Scop-TI a annoncé en août avoir reçu « des réponses favorables » de toutes les enseignes pour commercialiser leurs produits.

« C’est un moment d’émotion très fort, a commenté Martine Pinville, par ailleurs porteuse d’un nouveau message de soutien de François Hollande. On voit comment des salariés qui ont vécu un combat difficile ont su se reconstruire et s’organiser en société coopérative (…). C’est un message à tous ceux qui veulent entreprendre. Je pense notamment aux salariés qui connaissent des difficultés dans leurs entreprises. Ils peuvent s’organiser autrement. »