«Faire de Marseille une ville touristique, ça peut marcher, mais pas comme la municipalité l'entend»

INTERVIEW TONG Chaque lundi, un écrivain marseillais nous parle de lui au bord de l’eau. Cette semaine, François Thomazeau, écrivain et journaliste...

Recueilli par Frédéric Legrand

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INTERVIEW TONG - Chaque lundi, un écrivain marseillais nous parle de lui au bord de l’eau. Cette semaine, François Thomazeau, écrivain et journaliste...

Nous sommes ici à la plage des Catalans. Que représente cet endroit pour vous ?
C'est mon premier souvenir de plage à Marseille. J'avais cinq ans, on venait d'arriver de Lille avec mes parents. J'étais à peine entré dans l'eau que ma mère m'en a sorti, jugeant qu’elle était très sale.

Des problèmes de propreté urbaine, déjà ?
Marseille a toujours été sale, je ne vois aucune ville comparable, à part peut-être Naples. C'est à croire que les Marseillais aiment vivre dans leurs détritus. C'est paradoxal quand on voit l'obsession de l'hygiène, surtout sur la plage des Catalans...

Pourquoi ?
La plage a une longue histoire. C'est depuis son lazaret qu'est partie la grande peste de 1720. C'est aussi dans ces eaux que Jospeh Pujol, célèbre pétomane marseillais au XIXe, a découvert la vocation qui allait l'amener jusqu'au Moulin-Rouge.

Vous avez écrit un guide Marseille insolite. La ville devient une véritable destination touristique ?
Faire de Marseille une ville touristique, ça peut marcher, mais pas comme la municipalité l'entend. Une marina, ça ne prendra pas ici. Et puis chaque fois que les édiles marseillais décident quelque chose, il arrive le contraire. Au XIXe, les élus voulaient étendre le port de commerce au Sud, sur les actuelles plages du Prado ! Aujourd'hui, la mairie met le paquet sur la Joliette alors que le nouveau quartier branché va être les Cinq Avenues, avec l'arrivée du tramway.

Ce n'est pas toujours évident non plus de repérer les monuments à Marseille...
C'est une ville où l'histoire se construit en creux, autour de ce qui n'est plus, de ce qui est enfoui. D'ailleurs le premier monument de Marseille, la grotte Cosquer, est sous la mer.

Vous pensez que l'image de Marseille a changé?
Il y a eu une espèce de mystification pour les bobos, au travers des romans d'Izzo, des films de Guédigian ou même de IAM. Puis les gens ont rapidement déchanté en voyant que la ville était sale, qu'on y trouvait pas de boulot et qu'on pouvait pas s'y garer. Il n'y a que dans le cinéma où la greffe a bien pris.

Qu'est-ce que vous faites cet été ?
En juillet, je couvre le tour de France pour Le Monde. C'est mon vingtième tour en tant que journaliste.

Pas trop écoeuré par les affaires de dopage ?
Ça ne change pas l'intérêt du tour, seulement le point de vue : on se demande qui va se faire choper cette fois-ci. Le sport, c'est pas un royaume de bisounours coupés du monde. Ça fait un siècle qu'on nous vend un produit qui n'existe pas, où le meilleur gagne. Il y a toujours eu de la triche et du dopage dans le sport. Peut-être même plus que dans d'autres milieux puisque c'est encore plus compétitif.

Et après le tour, que faites-vous ?
Je reste à Marseille, je vais me baigner aux Catalans. J'y vais tôt le matin, vers 8h30-9h quand il n'y a que les mamies et moi.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je vais sortir plusieurs guides à la rentrée, deux sur le rugby et un sur l'aventure des mousquetaires en tennis. J'ai aussi un projet de roman sur l'ennemi du parrain Mémé Guérini, un flic ripoux marseillais qui s'appelait Robert Blémant. Et puis une aventure du Poulpe dans le milieu du foot. Mais ça se passerait à Nantes. Je n’arrive pas à écrire sur Marseille quand j'ai le nez dedans.

Peut-on espérer une suite aux aventures de Shram et Gugou, les justiciers Rmistes ? Ou sont-ils vraiment morts ?

Je sais pas encore, on verra bien.