Marseille: Six mois ferme pour avoir tué trois chats, dont un avec un marteau

JUSTICE Le jeune homme avait voulu se venger de sa mère, qui avait refusé de lui donner de l'argent pour acheter de la drogue…

Amandine Rancoule

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Le palais de justice de Marseille
Le palais de justice de Marseille — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Il n’a pas ouvert la bouche. Doigts croisés, teint pâle, les cheveux longs noués sur la nuque, à peine lâche-t-il un « non » lorsque le président de l’audience l’enjoint de parler. Un timide « oui » lorsqu’il lui demande s’il a compris la peine prononcée à son encontre. Sébastien Labat-Gest, 20 ans, a été condamné mercredi à deux ans de prison dont six mois ferme, avec mise à l’épreuve de trois ans, obligation de soins et interdiction de détenir un animal. Car le jeune prévenu a tué les trois chats de sa mère : l’un avec un marteau, les deux autres à l’aide d’un couteau. « J’aurais aimé que rien de tout cela ne se passe, indique la mère, à la sortie de la salle d’audience mercredi. Mais on ne peut pas revenir en arrière », souffle-t-elle.

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Déjà condamné quatre fois à de la prison avec sursis, notamment pour vol et violences, le jeune homme était sous la menace d’une révocation de son sursis, prononcée mercredi par le tribunal. Il a également été condamné à verser 1 000 euros aux associations de défense des animaux, qui se sont constituées parties civiles.

« Du sang et des poils sur les baskets »

Début août, une dispute avec sa mère le conduit à tuer l’animal nommé Tristan, un chat de 12 ans, blanc et roux. « Il voulait 10 euros pour acheter du cannabis. J’ai dit : “Non”. Il a alors menacé de tuer le chat », raconte la mère de Sébastien dans sa déposition. Deux heures après, sa mère voit « du sang et des poils sur les baskets » de son fils. Le lendemain, elle dépose plainte. Sébastien est placé en garde à vue.

Il explique alors aux enquêteurs avoir asséné « deux ou trois coups de marteau » à l’animal et qu’il allait le jeter à la poubelle. Puis, ce fumeur régulier de cannabis depuis l’âge de 13 ans avoue avoir tué quelques mois auparavant deux autres chats appartenant à sa mère, Kiki et Mimi, avec un couteau. Il a coupé la queue de l’un d’eux et l’a brandie sous le nez de sa jeune sœur. « Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je n’ai pris aucun plaisir », reconnaît-il.

« Je n’aurais pas dû naître »

Lors d’une première audience, en août, le tribunal demande une expertise psychiatrique. « Il raconte les faits brièvement et avec froideur », relève alors l’expert psychiatre. Sébastien, très malade à l’âge de 3 ans, lui explique être « bon à rien », « une erreur de la nature ». « Je n’aurais pas dû naître », déclare même le garçon qui estime vivre « dans la haine » d’un père indifférent et absent. L’expert conclut à « la dangerosité potentielle » du prévenu et prescrit une obligation de soins.

« On est tous choqués par la gravité des faits, j’en ai vu des choses terribles, mais là c’est dans le Top 10 », assure Patrice Guillon, l’avocat de la Société nationale pour la défense des animaux et de l’association Stéphane Lamart. Dans le box, Sébastien Labat-Gest, assis, garde la tête baissée, entre les genoux. Il la relève finalement à la demande du procureur, Séverine Garat.

« Qu’est-ce que ce geste peut révéler pour l’avenir ? se demande-t-elle. Il y a de quoi s’inquiéter. Qu’est-ce que cela présage ? Où est la limite si on peut faire ça à un chat qui a des aspects physiques proches des humains ? », se questionne-t-elle encore, requérant deux ans de prison dont douze avec sursis.

« Ma préoccupation première est d’éviter l’écueil d’un anthropomorphisme vers lequel tendent les parties civiles, plaide plus tard l’avocate du prévenu, Céline Lendo. Sébastien est une personne qui souffre, il faut le contraindre à se soigner », demande-t-elle au tribunal en cherchant à accrocher les yeux du garçon, dont le regard reste obstinément perdu dans le vide.