Marseille: Le trafic de la « Tour K» passé au peigne fin

JUSTICE Le procès de ce trafic de drogue a débuté ce mercredi et se déroule jusqu’en octobre…

A.R.

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Le procès a débuté mercredi.
Le procès a débuté mercredi. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Les trois premiers bancs sont réservés aux prévenus. Dans le box, sept personnes comparaissent détenues. Des présumés guetteurs, nourrices, lieutenants… au total, 27 individus - l’un d’entre eux est en fuite et ne s’est pas présenté à l’audience  ce mercredi- ont été renvoyés en correctionnelle dans le procès de l’un des principaux trafics de drogue de La Castellane. Trois ans d’écoutes policières et de surveillances ont conduit à ce procès. Le vaste coup de filet du 17 juin 2013 a accéléré l’enquête : 1,3 million d’euros avaient notamment été saisis.

Un coup au trafic de la Castellane

« Vu le nombre d’hommes, les policiers font demi-tour »

« De mai 2012 à décembre 2012, deux surveillances donnent une certaine idée du trafic, souligne la présidente. Aux angles des rues, un individu portant une capuche sur la tête crie « Hara » (…) Ces personnes ceinturent la cité et protègent le trafic », précise-t-elle.

La surveillance policière du mois de décembre révèle « non plus la présence de dix guetteurs mais d’une quarantaine d’hommes à la disposition du trafic ». Certains tournent sur des scooters dépourvus de plaques. « Vu le nombre d’hommes, raconte la juge, les policiers font demi-tour. C’est une organisation humaine et matérielle d’une certaine ampleur », concède-t-elle, sous le regard attentif de la tête présumée du réseau.

Nordine Achouri, 33 ans, détenu dans cette affaire, est considéré par les enquêteurs comme le chef du trafic. Prostituées, voitures de luxe, Rolex et même un cheval, l’homme menait un grand train de vie. « Il n’est pas un chef de réseau, estime Philippe Vouland, son avocat. Il n’y a pas de preuves, seulement des rumeurs et des renseignements anonymes ».

« Vous comptez assurer la sécurité des collégiens... mais même vous, ça vous fait sourire»

Mercredi, les juges ont interrogé des présumées nourrices, c’est-à-dire des personnes soupçonnées d’avoir gardé de la drogue chez elles. La première, qui a grandi à la Castellane, s’est murée dans le silence. Répondant doucement, l’homme de 23 ans a irrité les juges. « Parler en articulant», lui demande maintes fois la présidente.

« Une malle contenant des stupéfiants et un calibre » a été trouvée à son domicile de la Castellane. Des carnets de comptes ont aussi été découverts. « Il y a des noms dessus et des chiffres associés, comme "l’Indien" ou "moi". "Moi", ça pourrait être vous ?» questionne la présidente. Un « non » lapidaire fuse. «Il y a d’autres cahiers avec des tableaux faisant référence aux conditionnements ? », demande la juge. « Aucune idée », lâche-t-il.

« Connaissez-vous des gens dans cette salle ? », l’interroge finalement la présidente. « Oui, il y a mon collègue là-bas », sourit-il en le montrant du doigt dans le public. « Je vous trouve très détendu, tournez-vous vers moi, lui assène la juge. Vous voulez faire quoi comme travail ? ». « AVS » (assistant de vie scolaire). « Vous comptez assurer la sécurité des collégiens… souffle la juge. Mais même vous, ça vous fait sourire. »