Bouches-du-Rhône: La Ciotat se soulève contre les boues rouges

ENVIRONNEMENT La société Alteo promet de chercher de nouveaux procédés pour traiter les « effluents liquides »…

Mickael Penverne

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L'usine de boues rouges et l'ancienne mine de charbon
L'usine de boues rouges et l'ancienne mine de charbon — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

La mobilisation contre les boues rouges commence à se cristalliser. L’usine Alteo, qui produit de l’alumine à Gardanne, a déversé pendant plusieurs décennies des boues rouges, via une canalisation de plus de 50 km, au large de Cassis. Cette autorisation prenant fin le 31 décembre 2015, la société a demandé une nouvelle autorisation pour rejeter, cette fois, des « effluents liquides » pour une période de 30 ans.

Une enquête publique a donc été ouverte sur les 27 communes qui sont traversées par la canalisation – le Parc national des calanques a déjà donné son autorisation. Mais au lieu d’apaiser les craintes, elle a relancé le débat, porté par les associations de défense de l’environnement mais aussi par la ville de La Ciotat. Depuis quelques semaines, la municipalité (Les Républicains) s’est lancée dans ce combat en affichant à l’entrée de l’autoroute et sur l’hôtel de ville des banderoles dénonçant le « scandale des boues rouges ».

Avis défavorable du conseil municipal

Elle a également lancé une pétition demandant l’arrêt des rejets qui a recueilli, sur Internet, 6 000 signatures. Elle a enfin convoqué mercredi soir un conseil municipal extraordinaire sur l’enquête publique. Résultat : avis défavorable.

« Si on leur donne un chèque en blanc pour 30 ans, ils vont se réveiller dans 29 ans pour trouver de nouvelles solutions, justifie Noël Collura, adjoint au maire en charge de l’environnement. La Ciotat a déjà payé un lourd tribut avec l’amiante sur les chantiers navals. A l’époque, on ne savait pas. Aujourd’hui, on ne peut pas dire ça ».

Une solution technique

Comme les associations et les ONG, les pêcheurs de la région profitent également de l’enquête publique pour donner de la voix. L’Union des communautés de prud’hommes pêcheurs de Méditerranée vient d’écrire au commissaire enquêteur, chargé de l’enquête publique, pour « faire interdire des rejets polluants ». « La Méditerranée est une mer polluée. Ce n’est pas que de la faute d’Alteo, c’est un constat qui vient de loin (…) mais à un moment donné, il faut dire stop », plaide Didier Ranc, de la Prud’homie de la Seyne-sur-Mer, dans le Var.

« Si la mer devient une poubelle, ajoute-t-il, on perdra des touristes et donc des emplois », faisant référence aux 700 emplois directs et indirects mis régulièrement dans la balance par la direction d’Alteo. La direction de l’usine promet, de son côté, de « respecter ses engagements » : « Au plus tard, d’ici la fin de l’année, il n’y aura plus de rejets solides en mer », explique Eric Duchenne, directeur des opérations. Il ne restera, selon lui, que « 0,05 % » de rejets liquides. Qu’il faudra bien traiter.

Des eaux avec des traces d'arsenic déversées

Car les « effluents » que comptent rejeter Alteo sont en fait des eaux « de procédé » qui contiennent notamment des traces d’arsenic, d’aluminium ou encore de fer. Or, selon la direction de l’usine, il n’existe encore aucune solution technique pour traiter ces eaux.

« C’est vrai que la technologie n’existe pas mais on s’engage à travailler là-dessus », affirme Eric Duchenne qui se montre plus précis : « Nous nous engageons à inventer un procédé qui permettra de traiter, soit complètement, soit partiellement, les 0,05 % d’effluents liquides ».

Recherche et développement

« C’est un engagement très sérieux », ajoute-t-il. L’entreprise a déjà pris des contacts avec des « start-up » pour mettre au point une technologie capable de « réduire ces rejets ». « Par contre, je ne peux pas vous dire quand ce sera opérationnel », conclut-il prudemment. La nouvelle ne réjouit pas vraiment les défenseurs de l’environnement comme William Grandordy, du Collectif littoral, qui évoque un « subterfuge pour gagner du temps » : « Pendant des années, ils n’ont pas utilisé le moindre centime pour la recherche et développement. On serait bien naïf de croire à cet effet d’annonce ».

L’enquête publique dure jusqu’au 25 septembre. Le commissaire enquêteur rendra dans quelques semaines son rapport au préfet des Bouches-du-Rhône qui devra donner, ou pas, l’autorisation à Alteo de rejeter ces « effluents liquides » à partir du 1er janvier. Stéphane Bouillon est censé se prononcer avant la fin de l’année. Hasard du calendrier : François Hollande ouvrira la COP21, la conférence sur le climat, à Paris le 30 novembre.