Mathieu Boutros, joueur amateur à l'OM: «Mon travail à moi, c’est vendre des canettes»

FOOTBALL Vendeur à la sauvette, le joueur veut continuer légalement son job du dimanche devant le Vélodrome... 

Christine Laemmel

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Mathieu Boutros devant la Préfecture de Marseille le 15 septembre 2015
Mathieu Boutros devant la Préfecture de Marseille le 15 septembre 2015 — C.LAEMMEL

« Un euro la boisson, deux euros la bière ». Si vous êtes un habitué des week-ends au stade Vélodrome, vous avez sûrement entendu cette ritournelle siffler dans vos oreilles. C’est Mathieu Boutros, un des vendeurs à la sauvette les plus connus du Vélodrome. Installé derrière sa table de camping près des escaliers sous la tribune Jean Bouin, il propose bouteilles d’eau, cannettes, chips et confiseries.

Sa marchandise saisie avant OM-Bastia

Ironie du sort, Mathieu porte le même maillot que celui des onze joueurs admirés par ses clients au Vélodrome. Enfin à peu près. Il est le numéro 8 de l’équipe 3 de l’OM, montée en Promotion Honneur cette année. Comme la quasi-totalité des joueurs de ce niveau, le commerçant ne perçoit aucun salaire du club. « Je ne réclame rien à l’OM », rebondit le milieu de terrain, qui espère avant tout rester dans l’effectif. « On a le droit de travailler à côté, explique le joueur. Mon travail à moi, c’est ça, vendre des canettes. » Depuis huit ans, Mathieu tient un stand devant le Vélodrome. Illégalement.

Article publié sur le site internet de l’OM après la blessure de Mathieu Boutros en juin 2015 - OM. net


Juste avant OM-Bastia dimanche dernier, vers 19 h, des agents en civils, escortés de quelques policiers, ont saisi sa marchandise. « J’aimerais payer des impôts pour mon travail, se défend le vendeur, mais on ne veut pas me donner de patente. » Deux fois, cinq fois, dix fois… Le joueur ne compte plus les démarches entreprises auprès de la préfecture et de la mairie pour obtenir le précieux sésame qui lui permettrait de vendre légalement sa marchandise. En son nom propre puis via une société qu’il a créée. « On m’a dit oui pour le droit d’exercer en ambulant mais pas au Vélodrome. Pourquoi ? Parce qu’il faut avoir le bras long », assure-t-il se fondant sur l’aveu de plusieurs fonctionnaires.

« Tout le virage nord sera avec moi »

« C’est complètement faux », rétorque David Degosse, à la Division des foires et kermesses de la Ville. « Il y a très très peu » de commerçants qui disposent d’une autorisation, poursuit le fonctionnaire, et le nombre ne bouge quasiment pas chaque année. La faute aux travaux toujours en cours autour du nouveau stade, selon lui. Pas de quoi dissuader Mathieu. « Dimanche j’y serai, affirme-t-il comme une évidence. Comme j’ai dit aux policiers, j’étais là avant, je serai là après. »

Bonjour pour les personnes qui vont au stade vélodrome je pense que plus de la moitié son déjà venu m’acheter une boisson…

Posted by Matthieu Junior Boutros on dimanche 13 septembre 2015


Pendant l’affiche du 20 septembre contre l’OL, Mathieu a prévu de faire circuler une pétition dans les tribunes. « Je pense que tout le virage nord sera avec moi, prédit-il, au vu des soutiens déjà glanés via son post Facebook. Ça fait 20 ans que je les connais. C’est bien qu’ils soient là pour moi car j’ai toujours été là pour eux. Parfois ils n’ont pas d’argent, je les dépanne. Des clochards, je leur donne une connerie. »

Une amende de 3.750 euros

Avec ces 300 cannettes vendues chaque soir de match à domicile, Mathieu dit « juste payer le loyer ». Parce qu’il veut au moins « être écouté » au tribunal, le commerçant prendra quand même un avocat, quitte à se « mettre encore plus dans la merde financièrement. » Quant à l’issue du jugement, Mathieu n’est pas très optimiste. Mais veut croire à la « petite étoile » qui lui donnera peut-être le droit d’exercer. Un coup de pouce qui serait bienvenu car Mathieu Boutros risque jusqu’à 3.750 euros d’amende et six mois d’emprisonnement.