Les six phases de la rupture amoureuse entre Marcelo Bielsa et les supporters de l’OM

FOOTBALL Plus d’un mois après le choc, les fans de l’Argentin ont-ils fait leur deuil ?...

Christine Laemmel

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Marcelo Bielsa le 16 mai 2015 au stade Pierre Mauroy de Lille
Marcelo Bielsa le 16 mai 2015 au stade Pierre Mauroy de Lille — DENIS CHARLET / AFP

Il paraît que l’amour dure trois ans. La fusion n’aura duré que 15 mois entre Marcelo Bielsa, l’insaisissable et les supporters de l’OM, qui ne demandaient qu’à s’amouracher d’un leader. La passion s’est fracassée contre un mur de la salle de presse du Vélodrome le 8 août 2015. Où en sont-ils plus d’un mois après ? Comme des amoureux en deuil, ils se remettent, plutôt vaillamment. Retour sur cinq semaines de souffrances, commentées par une thérapeute du couple.

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Le choc : « Si la personne ne s’y attend pas, c’est plus compliqué »

« Je démissionne de mon poste d’entraîneur de l’Olympique de Marseille. » Les mots de l’Argentin ont claqué dans les oreilles des journalistes comme des supporters quelques minutes plus tard. Aucune rumeur ne courait sur un éventuel départ. Comme une mort lente sera toujours plus facile à digérer d’une crise cardiaque, « si la personne ne s’y attendait pas, c’est d’autant plus compliqué », explique Anne-Christine Jourdan, psychologue et thérapeute du couple près d’Aix-en-Provence. Le choc est tellement violent que le besoin de « décompensation » s’exprime physiologiquement. Comme lorsque Thauvin se bat avec des supporters ? Tout à fait.

Le déni : Marcelo ne voulait pas ça

Dans cette deuxième phase, « c’est l’inconscient qui parle ». La victime n’accepte pas la situation. Elle essaie de donner un sens à la décision de l’être aimé. Quitte à interpréter ou accuser des innocents. Si le mot est un peu doux pour le président de l’OM, Vincent Labrune, Margarita Louis-Dreyfus ou le pape n’ont sans doute pas été autant insultés qu’au lendemain de la démission de Bielsa. Bon, c’est peut-être aussi qu’ils y étaient un peu pour quelque chose.


La colère : Bielsa n’était pas si bon que ça en vrai

Emotion la plus intense qui soit, elle pousse souvent les victimes au pire : de la stigmatisation de la personne comme responsable de toutes les misères du monde aux menaces de mort. On adulait Bielsa, on commence à se demander si on ne doit finalement pas le haïr, voire l’accuser de trahison. « C’est typique de la rupture, analyse la psychothérapeute, on en vient à se retourner contre la personne que l’on a tant aimée. »

 

Le sevrage : « Mais qu’est-ce qu’il va nous arriver ? »

« Mais qu’est-ce qu’il va nous arriver ? », résume Anne-Christine Jourdan. Elle ne parle pas de supporters à cet instant mais c’est tout comme. Comme ces longues journées de mi-août où les plus pessimistes voyaient l’OM en ligue 2 et leur vie stérile. « Pour certains supporters, l’OM c’est leur vie, disait à 20 Minutes, un René Malleville révolté au lendemain de la démission de l’Argentin. Ils sont au chômage, ils se font chier à la maison, leur seul honneur, c’est l’OM. » « La personne ressent un vide à combler, développe la psychologue et c’est là qu’elle se tourne vers d’autres personnes qui souvent ne sont qu’une transition. » Effondrées, les victimes en arrivent à miser sur des chevaux improbables. Klopp à l’OM ? Oui oui, c’est possible.

L’acceptation: L'OM est plus fort que Bielsa

« On passe du pourquoi il est parti à ce que j’ai appris de la relation amoureuse ». Et la « morale de l’histoire », comme se plaît à qualifier la spécialiste, c’est que « l’OM est plus fort que ça », pouvait-on lire fin août dans les commentaires de supporters. Ce moment où ils reprenaient à leur compte les mots amers du club, balancés alors que la cicatrice était encore un peu trop à vif : « L’Olympique de Marseille est animé par des valeurs uniques et possède une histoire suffisamment riche pour refuser de se soumettre à la loi d’un seul homme.»

La reconstruction: Marcelo qui?

La reprise de confiance est dans cette dernière étape. Celle où on peut s’engager dans une nouvelle relation. Le phrasé latin rappelle vaguement son ex, mais l’emballage est tellement différent que le transfert est impossible. Michel veut tout changer ? L’Espagnol bouleverse les derniers jours du mercato et critique ouvertement la méthode Bielsa ? Ça passe. En fait, le foot, c’est comme l’amour. Et l’amour, c’est comme les fables de La Fontaine, selon Anne-Christine Jourdan : « Lorsqu’on sait les écouter et attendre la fin de l’histoire, on comprend beaucoup de choses. Sinon, on continue à reproduire les mêmes erreurs. » Mais enchaîner les échecs relationnels, ce n'est pas le style de l'OM. Alors ça va.