Régionales: Les partisans de Jean-Marie Le Pen menacent de déposer une liste en PACA

POLITIQUE A trois mois des élections régionales, le FN organise ses universités d'été samedi et dimanche à Marseille...

Mickael Penverne

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Jean-Marie Le Pen et sa fille, Marine.
Jean-Marie Le Pen et sa fille, Marine. — AFP

Le Front National est-il en train de perdre les élections régionales en PACA ? Les universités d’été du parti, qui se déroulent samedi et dimanche à Marseille, devraient être largement perturbées par le conflit qui oppose Jean-Marie Le Pen à la direction du parti. Près de 2.000 personnes sont attendues au parc Chanot pour participer à ces universités, qui donneront officiellement le coup d’envoi de la campagne.

Mais à trois mois du premier tour, le FN apparaît irrémédiablement divisé entre pro et anti-Jean-Marie Le Pen, notamment en PACA, une des régions que le parti espère conquérir avec sa tête de liste, la députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen. Trois jours après l’exclusion du « Menhir » fin août, neuf élus du conseil régional (sur 20) ont dénoncé dans un communiqué commun « l’absence de légitimité du bureau exécutif du FN en formation nord-coréenne ».

Une semaine plus tard, Christiane Pujol, conseillère départementale dans les Bouches-du-Rhône, annonçait sa démission du parti dénonçant de « graves dérives politiques et à la stratégie suicidaire orchestrée par l’ancien gauchiste Florian Philippot ». Elle a été rejointe mercredi par Philippe Adam, conseiller municipal de Salon-de-Provence, qui annonce à son tour sa démission du parti en critiquant, cette fois, les « instances staliniennes » du FN.

« Ici, il y a une très forte proportion de pieds noirs »

« J’ai reçu hier (mardi) une lettre de suspension m’accusant d’avoir mené des opérations de déstabilisation, explique cet ancien mégrétiste revenu « en grâce » en 2012. Mais ils n’ont rien à me reprocher : je n’ai pas fait de déclaration, je n’ai pas fait de réunion, je n’ai pas envoyé de mails aux militants. Je n’ai rien fait. On ne peut quand même pas sanctionner quelqu’un pour deux ou trois posts sur Facebook ! »

Signataire du communiqué des conseillers régionaux, Laurent Comas, conseiller municipal à Marseille et lui-même suspendu du FN, assure qu’une « quarantaine d’élus » de la région soutiendrait la fronde mais « n’osent pas encore franchir le rubicond ». « Ils ne comprennent plus la ligne politique du parti », explique-t-il pointant du doigt notamment la désignation d’Olivier Bettati, ancien adjoint de Christian Estrosi à la mairie de Nice, comme tête de liste départementale dans les Alpes-Maritimes.

« Et puis, il y a un attachement très particulier des habitants à Jean-Marie Le Pen qui siège dans la région depuis des années. Il y a une sympathie évidente pour lui », ajoute-t-il. « Le mouvement a beaucoup changé avec l’arrivée de nombreux jeunes qui sont très marinistes, analyse Philippe Adam. Mais en PACA, il y a encore une très forte proportion de pieds-noirs dans la population. Or ici, qu’on le veuille ou non, c’est cet électorat qui vous fait gagner ou perdre une élection ».

« Sans accord, Marion peut reprendre son sac Vuitton »

Les élus « frondeurs » retrouveront samedi midi leur « mentor » pour un déjeuner-débat dans un restaurant du 13e arrondissement de Marseille. Même s’il n’a pas été invité, Jean-Marie Le Pen devrait ensuite se rendre aux universités d’été du FN, ce qui ne se fera pas sans heurts. Ses partisans -environ 400 sont attendus- ont déjà prévu des slogans et des pancartes pour l’accueillir. « C’est sûr, il va y avoir du sport. Ça va être rock’n’roll », souffle Philippe Adam.

Mais ses soutiens se disent prêts à aller plus loin. Ils menacent de déposer une liste concurrente aux régionales. « Nous sommes prêts, nous avons des candidats dans tous les départements, précise Philippe Adam. Il suffit que Jean-Marie Le Pen donne son feu vert et on y va ». Mais cette liste, si elle existe, a surtout pour objectif de faire (ré)fléchir Marion Maréchal-Le Pen. Car sans eux, assurent-ils, elle n’a aucune chance en décembre.

« Si elle ne passe pas un accord, elle peut reprendre son sac Vuitton et rentrer directement à la maison », lâche Philippe Adam pour qui le parti « ne peut plus gagner » ces élections. « Si elle veut vraiment la région, elle doit se réconcilier avec son grand-père et tous ses soutiens, renchérit Laurent Comas. Elle a fait savoir qu’elle ne voulait pas l’humilier. Alors, qu’elle soit cohérente ! Mais je crains qu’elle soit très influencée par son entourage, et manipulé par tous ces requins ».