Non, les supporters de l'OM ne sont pas tous fans de Bielsa

FOOTBALL Qui sont les anti-Bielsa, pas convaincus par les méthodes du coach argentin?...

C.L.

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Marcelo Bielsa, à Marseille le 10 mai 2015
Marcelo Bielsa, à Marseille le 10 mai 2015 — Claude Paris/AP/SIPA

Bienvenue à Marseille, en Argentine. Depuis un an, le Vélodrome, c’est Rosario, la ville où Marcelo Bielsa a grandi. La patrie des Newell’s Old Boys qui ont fait du «fou» un dieu. Jamais un entraîneur phocéen n’a été idolâtré au point qu’un mouvement (« Bielsa No Se Va »), le supplie de ne pas quitter le club et qu’une déclaration d’amour lui soit encadrée un mois avant la fin de saison.

Une « immunité incroyable »

Pourtant, ce mercredi 22 avril, lorsque des supporters remettent leur poème à Bielsa, deux jours avant la défaite à domicile contre Lorient, personne ne sait encore où sera Marseille un mois après. Pire, les hommes de Bielsa viennent, à ce moment du championnat, d’essuyer leur troisième défaite. Les supporters, eux, filent la rime pour leur entraîneur chouchou. « On a fait de lui un héros alors qu’il a réussi à éliminer l’équipe de toutes les coupes », s’insurge Anna, supportrice de l’OM.

C’est un fait. Après avoir été sorti de la Coupe de la Ligue par Rennes, les Olympiens sont humiliés (et éliminés) par Grenoble (club de CFA) en Coupe de France, avant de se faire retoquer de la Ligue des champions. L’OM disputera bien l’Europa League, mais en partie grâce à son rival parisien. « Pour un homme qui n’a jamais gagné de titre majeur, appuie Bastien, son immunité est un peu incroyable, avoir de la personnalité ne fait pas tout. »

Gagner ou bien jouer

Chez l’ancien sélectionneur du Chili, son aura de manitou, son côté génie du foot, tendance monomaniaque, semble pourtant surplomber le reste. Et agacer les anti-Bielsa ou du moins les « anti-pro-Bielsa », comme se revendique Nicolas. « J’aime bien provoquer les pro-Bielsa, s’amuse le jeune homme, en disant qu’Elie Baup a fait mieux pour sa première année que Bielsa, en amenant l’OM à la deuxième place. On me répond à chaque fois qu’on s’emmerdait sous Baup. Moi je veux gagner avant de bien jouer. » C’est la limite infranchissable entre les deux clans : « Ceux qui ne pensent qu’à gagner » ne pourront jamais adhérer à la méthode Bielsa, analyse Thomas Goubin, auteur d’une biographie de l’entraîneur (El Loco Unchained aux éditions Hugo Sport). A l’image de « Pépé » Mujica, ancien président uruguayen, Marcelo a « le charisme d’un leader politique » qui « peut créer un immense mouvement de sympathie ou attirer le rejet », poursuit le journaliste.

« Incapable de se remettre en question »

Idéaliste et entier, il fait ses choix tactiques dans une opacité parfois difficile à encaisser. Bastien fustige un stratège « incapable de se remettre en question », surtout dans le cas Doria. « Bielsa a eu peur à un moment donné de l’aligner, avance une source anonyme sur Le Phocéen. Car avec un match jugé bon, il allait devenir automatiquement un argument pour ses détracteurs ».

Têtu, le coach est aussi « extrêmement hermétique, explique Thomas Goubin, ce que certains prennent pour un manque de politesse. » « On parle plus de lui que des résultats de l’équipe », s’étonne Anna, interdite face à l’austérité du maître de Rosario « qui ne fait aucun effort pour apprendre le français » et qui « ne regarde pas les journalistes dans les yeux ». Parti en vacances sans confirmer sa présence la saison prochaine, l’entraîneur est toujours absent, 10 jours après la reprise. Marcelo Bielsa est attendu à la Commanderie début juillet, même si personne n’est capable de prédire la date exacte de son retour. Ni ses détracteurs. Ni ses aficionados.