Il veut traverser l’Atlantique en Stand Up Paddle

STAND UP PADDLE Nicolas Jarossay va ramer debout pendant 60 jours entre le Cap vert et la Martinique...

Christine Laemmel

— 

Nicolas Jarossay
Nicolas Jarossay — NJ

Inutile de chercher trop longtemps à comprendre le pourquoi. Peggy Bouchet l’a fait en ramant assise en 2000, Nicolas Jarossay traversera l’Atlantique en pagayant debout, les pieds posés sur son embarcation de 6,5 mètres, un Stand Up Paddle (SUP).

Après un Lyon-Carro en 2010, un record du monde de 24h non-stop sur un SUP, le Carrossois partira en janvier 2016 pour 5.000 km entre le Cap Vert et la Martinique. Comment vivre (et ramer) 60 jours sur une planche ? 20 Minutes a posé la question au navigateur.

La modélisation du prototype de Nicolas Jarossay - N.Jarossay

 

Ramer 8h par jour « en croisière ». « Je ne veux pas subir la traversée ». Nicolas ne se lance pas dans une course contre la montre. Il ramera deux heures d’affilée maximum et environ huit heures par jour, à une allure de promenade. « Je pars en croisière, appuie-t-il même, si je dois rallonger d’une semaine parce que je suis à bout, je le ferai. » Pour ne pas solliciter toujours les mêmes muscles, il a prévu six ou sept pagaies en carbone, de taille et de pales différentes. « Je connais mon corps. A 38 ans, on est plus aux attentifs aux alertes, on change de mouvement. » Ou on fait une pause : pêche, stretching ou réparation du bateau.

Manger toutes les deux heures pour ne pas que « l’estomac se bloque ». Ramer toute la journée n’ouvre pas forcément l’appétit. Pendant son défi des 24h, Nicolas s’est rendu compte que l’effort « bloquait le ventre » et coupait la faim. Pour éviter ça, le rameur a prévu une collation toutes les deux heures, en plus des trois repas classiques par jour. Soixante-dix kilos de nourriture lyophilisée qu’il préparera grâce à de l’eau chauffée par une bouilloire reliée à des panneaux solaires.

Pomper 1 heure pour boire. Abandonnant assez vite l’idée d’un déssalinisateur électrique, « hors de prix, et trop gourmand en batterie », Nicolas devra manuellement fabriquer son eau potable. En pompant une heure, on obtient cinq litres d’eau. Sachant que le rameur prévoit huit litres par jour : 500 ml par repas, un ou deux litres pour se dessaler le visage et le corps le soir, et trois ou quatre pour boire.Le déssalinisateur manuel Survivor 35 - Katadyn

 

Faire ses besoins sur une fausse chaise. Un seau classique est « bien pratique. Mais on voudrait installer une sorte de fauteuil debout ». Une barre de fer qui remonte du paddle puis s’horizontalise. Encore mieux « pour bien viser le seau ».

Dormir dans « une couchette cercueil ». C’est une des principales craintes de Nicolas. Ne pas gérer le manque de sommeil. Pour se reposer, un compartiment étanche, de 2,2 m de long x 0,45 m de haut x 0,80 m de large sera aménagé à l’avant du SUP. « Une couchette cercueil » dans laquelle il est impossible de se tenir assis et qui donne le mal de mer, sans parler du « bruit énorme des vagues tapant contre la coque ». Nicolas espère pouvoir faire des nuits classiques de plusieurs heures, coupées toutes les deux heures pour vérifier les alentours. Et se prépare avec quelques cours de sophrologie avant de partir.

Eviter les accidents grâce à un cerf-volant. La nuit, Nicolas mettra son système AIS en route. « Je le règle sur le périmètre que je veux et il me prévient s’il y a un autre bateau. » Via la radio, le navigateur essaiera alors d’indiquer sa position. Sans ça, « les bateaux ne me voient pas ». Trop petit et surtout trop bas pour être repéré, le rameur a prévu un système de dépannage : accrocher un réflecteur de radar à un cerf-volant. Problème, les cachalots n’ont pas de radars non plus et « aiment bien se frotter aux objets flottants ». « Le pire, imagine Nicolas, serait de croiser un mâle et une femelle. Le mâle peut me prendre pour un rival et attaquer le paddle. » Quant aux creux de dix mètres en cas de tempête, « il n’y a rien à faire », à part jeter son ancre flottante et se réfugier dans le « cercueil ».