Marseille: Entre 14 et 20 milliards d'euros pour fêter la naissance de la métropole

ECONOMIE L'économiste Christian Saint-Etienne a présenté son rapport sur la future métropole...

Mickael Penverne

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Vue de la ville avec notre dame de la garde.
Vue de la ville avec notre dame de la garde. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

« Les conditions sont réunies pour donner le coup d’envoi de quelque chose de grand ». Le président de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille-Provence piaffe d’impatience. Voilà des mois que Jacques Pfister attend la naissance de la métropole Aix-Marseille-Provence - programmée pour le 1er janvier. Mais pas question pour lui de laisser ce projet aux seules mains des politiques. Il a donc missionné l’universitaire Christian Saint-Etienne d’élaborer les contours d’une « vision économique » de la prochaine collectivité.

« Un potentiel énorme »

Docteur en sciences-économiques à l’université Paris II, ancien économiste au Fonds monétaire international (FMI), ancien administrateur à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), Christian Saint-Etienne est aujourd’hui professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), vice-président du Conseil de Paris - et membre du parti Les Républicains. Convaincu que le monde vit une « 3e révolution industrielle », il est aussi persuadé que la métropolisation est devenu le principal moteur de la croissance. « Ce n’est pas la Chine qui croît mais Shanghai ou Pékin », résume-t-il.

Christian Saint-Etienne présente son rapport sur la metropole Aix-Marseille. - Mickaël Penverne/20 Minutes

 

« Il manque à la France un point de croissance pour créer de l’emploi, a-t-il expliqué mercredi à la CCIMP. Je pense que ce sont les métropoles qui peuvent créer ce point de croissance. Et une bonne partie de ce point de croissance, on pourra le trouver ici ». Selon l’universitaire, le territoire dispose d’un « potentiel énorme ». Il a même identifié sept filières « d’excellence » sur lesquelles le territoire doit s’appuyer pour créer de l’emploi : l’aéronautique (35.000 emplois), le numérique (40.000 emplois), le maritime (54.000 emplois), l’eau (9.300 salariés), l’énergie (10.000 emplois), la santé (76.000 emplois publics et privés) et le tourisme (60.000 salariés).

Mais pour s’imposer comme une des grandes métropoles méditerranéennes et européennes, il en faudra davantage. Christian Saint-Etienne propose ainsi un « master-plan » d’investissements étalés sur dix ans. L’économiste met sur la table deux scenarii : un plan de 14 milliards d’euros et un autre de 20 milliards d’euros pour financer le développement du port, du plateau de l’Arbois, des transports collectifs, de la recherche, des logements, etc. En pleine période de restrictions budgétaires, la proposition est plutôt inattendue. Et elle suppose de répondre à une question simple : où trouver tout cet argent ?

« Une fenêtre d’opportunités »

Il faudrait d’abord, explique l’universitaire, que la future métropole augmente sa capacité d’autofinancement : de 150 millions d’euros en 2016 à 700 millions d’euros en 2020. Puis, dans le cadre d’un nouveau contrat de plan (qui est à négocier), l’Etat doublerait la mise. Ce qui donnerait une capacité d’investir de 1,4 milliard d’euros par an sur la période 2020-2030. Selon Christian Sain-Etienne, « les élus ont de l’or entre les mains ». A eux, de le transformer en croissance et en emplois. Mais la « fenêtre d’opportunités [qui] vient de s’ouvrir (…) peut se refermer assez vite », prévient-il. Il faut donc aller vite. Très vite même.

A l’écouter, les élus devraient discuter et signer un tel « master-plan » avant même la naissance de la métropole, c’est-à-dire cet automne. Les opposants à la métropole n’ayant toujours pas désarmé, le calendrier semble irréaliste. Pourtant, Jacques Pfister veut y croire : « Pour la Capitale européenne de la culture, en 2013, on a vu qu’on pouvait faire des choses ensemble, qu’on n’était pas si nul que cela. Techniquement, c’est donc possible (…). Maintenant, est-ce que des élus comme Jean-Claude Gaudin et Maryse Joissains sont capables de signer un tel programme ? Pour moi, la réponse est oui. La question est plutôt de savoir s’ils le veulent ».