Provence: La traque au moustique-tigre continue

SANTE Il est vecteur de la dengue et du chikungunya...

Amandine Rancoule
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Le moustique-tigre est installé dans de nombreux départements.
Le moustique-tigre est installé dans de nombreux départements. — EID MEDITERRANEE

Dans 15 ans, le moustique tigre, vecteur de transmission de la dengue et du chikungunya, aura envahi toute la France. Présent uniquement dans les Alpes-Maritimes il y a 11 ans, il est aujourd’hui implanté dans 20 départements et remonte vers Paris d’un côté, vers Bordeaux de l’autre, selon une carte publiée sur le site de l’Institut de veille sanitaire (INVS). Il a même déjà été détecté dans l’Ain et l’Oise.

« Les œufs passent l’hiver et c’est comme ça que cette espèce s’est installé, explique Christophe Lagneau, le directeur recherche et développement à l’entente interdépartementale de démoustication (EID). Elle peut déposer ses œufs dans des micros gîtes, dans tous les réservoirs d’eau ».



Adulte, le moustique suit son hôte. Il voyage en train, en bus, en voiture… D’ailleurs, sa surveillance est renforcée le long des axes routiers, et notamment sur les aires d’autoroutes. « Il monte avec vous en voiture, et une fois repu, il sort quand vous vous arrêtez sur une aire d’autoroute où il pond ses œufs, raconte Christophe Lagneau. Il se redéplace en voiture, puis de jardins en jardins, de communes en communes et cela crée un phénomène de tache d’huile ».

« On ne pourra pas éradiquer cette espèce mais la ralentir »

Si la progression du moustique est inévitable, les habitants peuvent toutefois s’en protéger. L’Agence régionale de la santé (ARS) recommande ainsi d’éliminer les points où l’eau peut stagner pour empêcher les gîtes larvaires dans un rayon de 100 à 200 mètres. Il est aussi conseillé d’imprégner les tissus et vêtements avec des insecticides destinés à cet usage. La peau doit aussi être protégée avec des répulsifs cutanés adaptés. Quant aux insecticides, les moustiques développent une résistance.

« A long terme, ils ont aussi un impact sur l’environnement. On ne pourra pas éradiquer cette espèce mais la ralentir : c’est dans l’intérêt de tous », pense Christophe Lagneau.

1er mai, début de la surveillance estivale #dengue et #chikungunya > professionnels de santé signaler les cas. http://t.co/csuknIYPfN
— ARS Paca (@ARSPaca) May 15, 2015

 

Il y a cinq ans, un habitant du Var avait refusé d’assécher son jardin après la détection d’un cas. Il avait reçu une injonction. Mais ce cas de figure est rare. « Il faut penser que l’on fait presque de la contre-éducation, explique le docteur Chantal Vernet-Vaysse, pour le conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Les Provençaux ont l’habitude de garder l’eau et on leur demande maintenant de la vider ».

Douleurs articulaires et musculaires, des maux de tête, une fièvre et de la fatigue

En cas de transmission de la dengue et/ou du chikungunya, « la chaîne est difficile à rompre », selon le docteur Hugues Riff, le directeur de la santé publique à l’ARS. « Un moustique peut piquer une personne atteinte puis une autre saine et lui transmettre puis encore une autre et ainsi de suite », souligne-t-il.

Les symptômes se caractérisent par des douleurs articulaires et musculaires, des maux de tête, une fièvre et de la fatigue. Souvent, ils apparaissent après un voyage dans les pays où le moustique est présent, comme l’Asie, l’Afrique ou l’Amérique du sud. « Il faut que les gens pensent à aller voir le médecin s’ils ont ces symptômes et qu’ils précisent qu’ils reviennent de voyage », exlique Isabelle Le Parc-Goffart, la responsable au centre national de référence arbovirus.

Huit cas en PACA du 1er mai au 5 juin

Car dès suspicion d’un cas, une démoustication est réalisée chez le malade et autour de son domicile. Elle évite la circulation du virus.

Malgré ces précautions quatre cas autochtones de dengue ont été recensés en 2014, à Toulon et à Aubagne. Sur les 657 signalements dans la région, 205 cas ont été confirmés : 148 de chikungunya, 57 de dengue et une co-infection. Le département des Bouches-du-Rhône a été le plus touché, avec 98 cas, contre, par exemple, 41 dans les Alpes-Maritimes.

Cette année, depuis le mois de mai et jusqu’au 5 juin, 50 cas ont été signalés, huit ont été confirmés : sept de dengue et un de chikungunya.