OM: Marcelo Bielsa est-il un coach rentable?

FOOTBALL L'entraineur argentin négocie une augmentation...

Christine Laemmel

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Marcelo Bielsa à Metz le 1er mai 2015.
Marcelo Bielsa à Metz le 1er mai 2015. — POL EMILE/SIPA

Ne pas faire tomber le bleu et blanc dans le rouge. C’est l’objectif principal de Vincent Labrune. Le mercato fébrile de ce début d’été le prouve, surtout après les départs à zéro euro d’André-Pierre Gignac, Jérémy Morel et André Ayew. Le staff, fixé ce mercredi, taille dans le gras, avec le départ des frères Javier et Diego Torrente, ainsi que celui de Fabrice Olszewski, truculent traducteur et intendant.

Ne reste plus que la tête pensante, Marcelo Bielsa, dont la prolongation n’a toujours pas été officialisée par le club. Tête pensante et hyperactive, qui « a bien compris qu’on a besoin d'[elle] », selon Lionel Maltese, professeur en management du sport à Marseille. L’Argentin « pas sot », a demandé une augmentation au président. Avec un salaire de 300.000 bruts, deuxième de la Ligue 1 derrière Laurent Blanc, la rallonge pourrait-elle faire souffrir économiquement l’OM ? L’économiste répond par la négative.

Bielsa, cash machine

« Marcelo Bielsa a créé une dépendance », argumente Lionel Maltese. Il a instauré « une relation quasi religieuse avec le public », faisant oublier les résultats mitigés de l’équipe. Elie Baup, sans glacière ni « loco » attitude, a amené l’OM plus loin que Bielsa. L’Argentin « a compensé le fait que l’OM n’est plus le meilleur club français par son charisme ».

Une aura qui se monnaye. Et qui rapporte sans doute bien plus que les 300.000 euros bruts mensuels versés au coach. Bielsa attire des spectateurs au Vélodrome. Il devient la condition fixée par les joueurs à leur prolongation. Dont le très apprécié Dimitri Payet. Il attire des sponsors, des journalistes. « Il fait parti de l’argumentaire commercial » du club, résume Lionel Maltese, dans une ville où « l’économie est basée sur "l’émotionnalité". »

Bielsa "irremplaçable"

A cinq jours de la reprise de l’entraînement, si le club devait changer son fusil d’épaule et finalement ne pas reconduire Bielsa, Vincent Labrune s’engagerait dans une voix sans issue. Prendre un entraîneur payé raisonnablement, mais de stature moindre. Et tirer un trait sur tous les « profits non-visibles » générés par El Loco. Ou viser plus haut, plus « crédible » et noyer le club.

« Il faudrait un coach de niveau international qui a déjà fait ses preuves, avance l’enseignant, un profil type Carlo Ancelotti avec un salaire colossal, ce n’est même pas la peine d’essayer. » Fondu dans « l’écosystème marseillais » et rentable pour le club, Bielsa est le parfait compromis. « Sur le marché, il n’y a pas d’entraîneur de ce type-là, lâche Lionel Maltese, il est irremplaçable en l’état ».

Bielsa gourmand ?

Clairement en position de force, l’ancien « leproso » ira-t-il jusqu’à amputer sérieusement les finances du club ? Peu probable. Bielsa n’est pas connu pour sa folie des grandeurs et surtout, est « assez intelligent pour ne pas ruiner sa réputation », estime l’expert.

« S’il pousse la barre trop haut », de même que s’il manifeste encore publiquement son désaccord avec la direction - comme lors de la célèbre conférence de presse de septembre 2014 - Marcelo Bielsa pourrait commencer à effrayer les autres clubs. Et à assombrir nettement le Vélodrome.