Marseille: Les salariés de Saint-Louis Sucre veulent raffiner

SOCIAL La direction souhaite se concentrer sur le conditionnement...

Amandine Rancoule

— 

L'usine de Saint Louis Sucre (15e).
L'usine de Saint Louis Sucre (15e). — A.RAncoule / 20 Minutes

Si l’activité de raffinage s’arrête, Yves n’a plus de travail. Car il est laborantin à Saint Louis Sucre, la filiale française de l’allemand Südzucker. En janvier, la direction a annoncé son intention de fermer la raffinerie et de se concentrer sur le conditionnement dans cette usine de 10 hectares sur le territoire d’Euromed. « Avec la fin du règlement sucrier européen en 2017, nous nous recentrons sur le conditionnement, expliquait alors Bruno Denoulet, le directeur du site. La quantité de production ne sera plus limitée, donc elles vont augmenter. Le sucre de betterave est moins cher à produire que le sucre de canne, celui que nous faisons à Saint-Louis. Les perspectives sont donc mauvaises ».

Les activités de conditionnement du sucre de canne et le stockage de sucre de betterave nécessitent d’employer une cinquantaine de personnes, contre 133 actuellement. Un plan de départ volontaire est ouvert et la société propose des solutions. « C’est un plan social déguisé, estime Yves, en grève ce mardi. Je ne veux pas être muté ailleurs, ma vie est ici. Et puis Südzucker prévoit 200 suppressions de postes d’ici deux ans. On nous propose aussi des formations pour être chauffeur de bus par exemple. Pourquoi pas ? Mais c’est une voie qui n’embauche pas », estime-t-il.

L’usine Saint-Louis est le dernier outil de raffinage en France

Alors, avec ses camarades, le laborantin porte un projet alternatif pour maintenir le raffinage, présent depuis 150 ans sur le site des quartiers Nord de Marseille. D’autant qu’après l’arrêt du raffinage de sucre de canne à Nantes par le groupe Téréos, l’usine Saint-Louis est le dernier outil de raffinage en France. « On va faire venir 1.800 camions du nord de la France pour conditionner ici du sucre de betterave, alors que nous avons tous les outils de raffinage sur place », dénonce un salarié.

Et pour les syndicats, l’usine de Marseille occupe une place stratégique sur le bassin méditerranéen et peut ainsi répondre aux besoins des populations. « Les besoins en sucre de canne sont grandissants, au rythme de 2 % par an, estime Fabien Trujillo, le délégué syndical CGT, s’appuyant sur les prévisions de l’OCDE. En portant la production à 280 000 tonnes en 2018, le site est un site profitable, dégageant un résultat d’exploitation de plus de 10 millions d’euros ». Le projet a été adressé à la direction qui n’a pas souhaité s’exprimer mardi. Jeudi, un comité d’entreprise devrait aborder ce projet alternatif.

« La société bénéficie d’environ 1,6 million d’aides de l’Etat »

« Le projet est porteur d’emplois, il faut que les politiques saisissent », pense Lionel Macron, le délégué CFDT. Pour l’heure, seul Jean-Marc Coppola, élu régional Front de gauche, a interpellé le Premier ministre. « Il m’est difficile d’entendre et de cautionner les arguments de la direction en faveur d’une réduction de l’activité, alors que l’usine est rentable et que la société bénéficie d’environ 1,6 million d’aides de l’Etat au titre du CICE, écrit-il dans un courrier adressé à Manuel Valls. Je vous demande de traiter avec la même attention ce projet que celui des salariés de Fralib, dont le combat victorieux est cité en exemple et valorisé par le Président de la République », conclut-il.