Marseille: Les conseils citoyens de la discorde

SOCIETE Le collectif Pas sans Nous accuse la mairie de ne pas avoir concerté les habitants et les associations...

Mickael Penverne

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Les conseils de quartiers participeront à l'élaboration des contrats de ville (photo archives).
Les conseils de quartiers participeront à l'élaboration des contrats de ville (photo archives). — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Pas encore formés et déjà contestés. Arlette Fructus, adjointe au maire déléguée au logement et à la politique de la ville, a présenté vendredi le dispositif des conseils citoyens. Créés par la loi sur la cohésion urbaine de février 2014, ils sont composés d’habitants et d’associations des quartiers prioritaires et sont associés à l’élaboration des contrats de ville (développement économique, cohésion sociale et renouvellement urbain). En résumé, ils sont censés incarner la « voix » des résidents des quartiers populaires.

« C’est un concept original mais qui crée des difficultés de mise en œuvre, explique Arlette Fructus. La loi n’est pas tout à fait explicite et il a fallu, bien souvent, naviguer à vue ». Marseille compte 35 quartiers prioritaires. Elle devrait donc créer 35 conseils citoyens. Mais ce ne sera pas le cas. « On a des quartiers prioritaires où vivent 1 000 habitants et d’autres 90 000. C’était incohérent, reprend l’adjointe au maire. J’ai donc proposé au préfet de prendre du champ et de la hauteur et de permettre aux citoyens d’aller au-delà de leurs microquartiers ».

Une lettre ouverte

La ville comptera finalement dix conseils citoyens qui devront être constitués avant le 15 juillet, date de la signature du contrat de ville avec l’Etat. Les habitants qui y participeront seront désignés par tirage au sort - à partir des listes électorales. Les associations seront également tirées au sort mais après un appel à candidature (ouvert jusqu’au 22 juin). Or, c’est là que le bât blesse. La délégation régionale du collectif Pas sans Nous, qui revendique le rôle de « syndicat des quartiers », vient d’adresser une « lettre ouverte » à la ville et à l’Etat.

Elle y dénonce notamment un « climat de défiance et d’injonctions ». « La concertation avec les habitants et les acteurs associatifs ne s’est pas faite, indique Fatima Mostefaoui, déléguée régionale. On nous impose, par exemple, une charte de mise en œuvre sans nous demander notre avis. Comme d’habitude, on nous dit : c’est comme ça et ce n’est pas autrement ! » Le collectif redoute également la composition de ces conseils. « On nous parle des CIQ mais à part deux ou trois d’entre eux, tous les autres CIQ représentent les noyaux villageois. Et pas nos quartiers », reprend la militante associative.

Limite des compétences

Dernier grief : le tirage au sort des habitants à partir des listes électorales. « On sait tous que dans nos quartiers, il y a beaucoup d’étrangers et beaucoup de gens qui n’ont pas envie d’être sur les listes électorales, affirme Fatima Mostefaoui. Si on fait ça, toute une population va être mise de côté ». Le collectif émet une dizaine de contre-propositions et menace la mairie de constituer ses propres conseils citoyens s’il n’est pas entendu. « Mais ils ont été parfaitement associés à la démarche, souffle Arlette Fructus. Et je leur ai déjà expliqué les difficultés de mise en œuvre de cette réforme ».

L’élue assure être « lucide » sur les « limites » du dispositif et se dit prête à le « réajuster ». Mais à condition d’aller vite : « On peut se faire plaisir mais on n’a pas de temps à perdre ». Et à condition de rester dans la limite de ses compétences : « Sur les listes électorales, par exemple, nous avons sollicité les services des impôts pour obtenir une liste plus complète des habitants. Mais nous nous sommes heurtés à la loi qui interdit la diffusion de ces fichiers. A moins d’une décision nationale, je ne peux donc rien faire ».