Marseille: Lamjed Chakroune reçoit la médaille de la ville pour son acte de courage

SOCIETE Il avait porté secours, seul, à une jeune fille qui se faisait agresser par deux mineurs...

Journaliste afp

— 

Lajmed Chakroune a reçu la médaille de la ville de Marseille.
Lajmed Chakroune a reçu la médaille de la ville de Marseille. — Mickaël Penverne / 20 Minutes

Lamjed Chakroune a reçu vendredi matin des mains du maire du 4e secteur, l’UMP Yves Moraine, la médaille de la ville de Marseille. Ce Tunisien de 26 ans a été agressé à coups de couteau en portant secours à une jeune femme menacée et frappée par deux individus.

C’était le 22 mai, vers 21 heures, à un arrêt de bus sur le boulevard Michelet. Deux mineurs interpellent une jeune fille et lui réclament une cigarette. Très rapidement, le ton monte et l’un des deux individus menace puis giffle la jeune fille.

C’est à ce moment-là que Lamjed Chakroune intervient. Ce père de trois enfants, fils de gendarme tunisien, s’interpose entre la victime et ses agresseurs - des mineurs en situation irrégulière. Il est le seul à intervenir. Autour d’eux, plusieurs personnes assistent à la scène mais personne ne bouge.

«Chaque soir, la scène passe devant mes yeux»

Les deux jeunes deviennent de plus en plus violents et poursuivent Lamjed Chakroune qui tente de leur échapper. A l'entrée du métro du rond-point du Prado, ils lui plantent un premier coup de couteau au mollet, puis un second à la poitrine. La lame passe à quelques centimètres du cœur.

Le jeune homme s'écroule. Il saigne abondement et finit par s'évanouir après l'arrivée des secours. Il sera transporté à la Timone dans un état très critique. Quinze jours plus tard, souriant et de nouveau sur pied (avec une béquille), il est devenu un « héros », et même un « symbole » pour certains.

« Il a été agressé par deux étrangers en situation irrégulière, a déclaré vendredi Yves Moraine. On aurait pu craindre une récupération politique. Mais le fait qu’il soit un jeune étranger, d’origine tunisienne, a empêché cette récupération politicienne. Cela a un sens symbolique ».

Lamjed Chakroune a exprimé plus modestement son émotion en recevant la médaille de la ville : « C’est comme si je revivais une seconde fois après cette agression. Après avoir reçu les coups de couteau, j’ai dit à mon cousin, avant de tomber dans les pommes, de ne rien dire à personne. Et du coup, recevoir aujourd’hui une médaille, ça me touche énormément ».

Les agresseurs en détention

S’il a retrouvé le sourire, cet auto-entrepreneur, passionné de foot, semble encore traumatisé par l’agression : « Chaque soir, la scène passe devant mes yeux. J’ai failli perdre mes enfants et ma vie. Quand je me retrouve seul, j’ai l’impression qu’ils sont derrière moi. J’ai l’impression que je saigne. En fait, je n'ai rien ».

Sa sœur, Bouthaiena, qui habite à Lyon, n’est pas étonnée par l'altruisme de son frère : « Il a des principes. C’est naturel chez lui. Il prend toujours la défense des autres ». Ce jour-là, Lamjed Chakroune est intervenu tout seul. « Il y a des gens qui regardent et qui ne réagissent pas. Ça, ça ne va pas (…). Ils n’ont pas compris que l’union fait la force ».

« Les gens sont trop éloignés, ajoute-t-il. Dans le métro, c’est chacun pour soi. Chacun fait sa vie. Mais nous sommes humains quand même ! » Ses deux agresseurs ont été interpellés quelques heures après l'agression. Ils ont été mis en examen notamment pour tentative d’homicide, puis placés en détention provisoire.