Aix-en-Provence: «La Coupe du monde des sans-abri, ce n’est pas juste jouer au foot»

INTERVIEW L'équipe de France effectue ses sélections vendredi en vue de la Coupe du monde des sans-abri en septembre...

Loic Becart

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Un pénalty durant Allemagne-Mexique à la Coupe du monde des sans-abri 2014, au Chili.
Un pénalty durant Allemagne-Mexique à la Coupe du monde des sans-abri 2014, au Chili. — MARTIN BERNETTI / AFP

Ils seront une trentaine venus de toute la France, vendredi à Aix-en-Provence. Leur but : être sélectionné avec l’équipe de France de football des sans-abri. Ces hommes sans domicile fixe auront peut-être la chance de représenter la France à la Coupe du monde des sans-abri, du 12 au 19 septembre à Amsterdam. Patrick Mbongué, membre du collectif La Boussole et encadrant de cette équipe de France, voit dans ce projet bien plus que du football.

Quel est le but de ce stage de préparation ?

On va sélectionner entre huit et dix joueurs pour représenter la France. On leur explique les règles puis on les met en situation. C’est différent du football classique : c’est du quatre contre quatre dont un gardien, sur un petit terrain, avec une attaque à trois mais une interdiction de défendre à plus de deux. Le but est très petit aussi, donc on privilégie le jeu au sol. Il n’y a donc pas besoin de grands gabarits mais de joueurs qui sont forts tactiquement, qui ont déjà quelques notions dans ce domaine.

Comment sont repérés les sans-abri potentiellement sélectionnables ?

On passe par les structures d’hébergement qui on un projet autour du sport et des associations qui œuvrent dans ce champ particulier pour être sûr de viser le bon public. Ca peut aussi être des personnes suivies par le Samu social. On a eu un joueur de Marseille il y a quelques années qui vivait dans une structure d’accueil d’urgence. Il devait quitter les lieux à 7h et revenir à 13h pour être sûr de ne pas perdre sa place. Après la Coupe du monde, il a tenté sa chance à Paris et s’est retrouvé à dormir dans le métro…

Justement, avez-vous un suivi de ces hommes après la compétition ?

On est en relation avec les travailleurs sociaux. On remet à chaque joueur une attestation reprenant toute sa démarche et montrant qu’il est capable de s’insérer dans un projet de groupe, long, physique et intensif. Il y a aussi une question de représentation nationale, donc un comportement à avoir sur le terrain et en dehors. Un sans-abri doit alors lutter contre ses vieux démons. On propulse les garçons vachement haut, il faut qu’ils s’en servent pour leur quotidien. Mais il y a un manque de moyen pour qu’il y ait un retour progressif à la réalité.

Cela reste tout de même un moment important pour ces personnes…

C’est d’abord une aventure humaine. Ils ne se connaissent pas mais sont réunis par une passion commune – le football – et une démarche d’insertion ou de réinsertion. Ils seront réunis pour trois stages cet été puis pour la compétition. Il y a du symbolique, ce n’est pas juste aller jouer au foot.