Marseille: Six Nigérians jugés pour proxénétisme

JUSTICE Ils utilisaient la violence mais aussi la sorcellerie…

A.R. avec AFP

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Illustration de la justice.
Illustration de la justice. — C. VILLEMAIN/20 MINUTES

Quatre femmes et deux hommes nigérians comparaissent depuis mardi devant le tribunal correctionnel de Marseille pour avoir prostitué, en utilisant la violence mais aussi la sorcellerie, une vingtaine de jeunes femmes.

Les six prévenus qui comparaissent détenus, nient tous être des proxénètes malgré des écoutes qui les accablent.

Après avoir lu les charges de traite d'êtres humains en bande organisée et proxénétisme aggravé en bande organisée, la présidente a évoqué les travaux d'une sociologue de l'université de Toulouse, Françoise Guillemaut, («Sexe, juju et migrations», 2008) qui permettent d'éclairer le fonctionnement de ces réseaux de prostitution s'appuyant sur la sorcellerie, «le juju» pour que les victimes restent dociles.

 

La magistrate a expliqué comment des jeunes femmes «originaires de Bénin City ou de Lagos, des personnes qui bien souvent ne parlent que l'édo», la langue utilisée au Nigeria et à Sao Tomé-et-Principe, obéissent à leurs souteneurs usant de moyens de pressions classiques comme la violence, les menaces sur la famille restée au pays, mais aussi du «juju», entre «magie noire» et «engagement religieux».
Contraintes à ne pas révéler l'identité des passeurs et des proxénètes, les victimes «sont convaincues que le malheur s'abattra sur elles si elles ne paient pas leur dette», a souligné la présidente.

Des jeunes filles sont vendues de 30.000 à 50.000 euros

«C'est un système de prostitution matriarcal, des jeunes filles sont vendues de 30.000 à 50.000 euros, à des "mamas", elles-mêmes d'anciennes prostituées», a poursuivi la présidente.

Mardi, elle a commencé par interroger «Mama twins», une femme de 33 ans au regard déterminé, portant une couronne de fines tresses. Arrivée en France en 1999 après avoir été rejetée par sa famille lorsqu'elle a eu un premier enfant à l'âge de 16 ans, la jeune femme s'est prostituée, avant de devenir elle-même proxénète une fois sa dette remboursée. En 2002, elle avait été condamnée pour proxénétisme à Toulouse.

Une «recrudescence du nombre de prostituées nigérianes»

L'enquête à Marseille a débuté en 2012. Les policiers de la brigade de répression du banditisme remarquent une «recrudescence du nombre de prostituées nigérianes» dans le 1er arrondissement de Marseille le jour et dans le 8e, la nuit.

Deux réseaux, entretenant des liens, sont identifiés. Selon l'enquête, le premier, sous la coupe de «Mama twins», ainsi dénommée car elle est mère de jumeaux, prostitue des jeunes filles d'une vingtaine d'années et s'apprête à en envoyer en Russie.
Le second, celui de «Mama Ashley», à Marseille, et de sa soeur «Franca» à Creil dans l'Oise, apparaît le plus violent. Selon un informateur, les victimes sont achetées 15.000 euros au Nigeria et exploitées pendant deux ans, le temps de rembourser leur «dette» fixée à 60.000 euros.