Marseille: Le street art envahit les puces des Arnavaux

CULTURE Le marché aux puces des Arnavaux se transforme en une nouvelle Friche...

Mickael Penverne

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Marseille, le 22 mai 2015, le marché aux puces accueille une fresque de Street Art. Lancer le diaporama
Marseille, le 22 mai 2015, le marché aux puces accueille une fresque de Street Art. — Mickaël Penverne / 20 Minutes

La galerie d’art Saint-Laurent, installé au marché aux puces de la Madrague, vient d’ouvrir sa 3e exposition. Treize artistes, dont Colorz, Momies, Wose ou encore Joska, ont installé leurs graffitis, pochoirs, collages et tableaux au milieu des boutiques des antiquaires et des brocanteurs. Baptisé Marseille Street Art Show #2, l’exposition ne propose aucune thématique particulière. Chaque artiste est venu avec ses dernières œuvres.

I Hope de DIRE 132. - Mickaël Penverne/20 Minutes

Cela fait 35 ans qu’Epsylon fait de la « peinture de rue » - il n’aime pas l’expression street art car c’est « trop bankable », selon lui. « Après les Beaux-Arts, je faisais des installations et puis un jour, j’ai essayé une bombe, se souvient le sexagénaire toujours un peu punk. Cela a été une révélation. Depuis, je suis complètement accro. C’est facile, on se met face au mur (il mime le geste avec une bombe de peinture). C’est un peu comme une danse dans le vide ».

RNST est tombé plus tard dans le graffiti, à la fin des années 90. Aujourd’hui, il travaille au pochoir, à la peinture et propose des sérigraphies. Mais il n’a complètement abandonné la rue. On peut encore voir certaines de ces œuvres dans le quartier des Teinturiers à Avignon. « Pour moi, le street art, c’est un défi, une rupture. C’est aussi une manière de provoquer la discussion avec tout le monde. Parce que tout le monde ne rentre pas dans une galerie d’art ».

Effects de COLORZ. - Mickaël Penverne/20 Minutes

Quelle est la place de Marseille sur la scène du street art en France et en Europe ? A en croire, le commissaire d’exposition Stéphane de Calmels, la ville n’y brille pas particulièrement. « Dans toutes les grandes métropoles, il existe une ou plusieurs fresques monumentales comme à Lisbonne ou à Madrid. Mais pas ici. Même par rapport à des villes comme Montpellier ou Sète, Marseille est très en retard. Ce qui est assez paradoxal quand on connaît le lien entre la ville et le hip-hop ».

La galerie Saint-Laurent espère « rattraper ce retard ». L’intérêt est artistique mais aussi un peu économique. Parmi les 13 artistes qui participent à l’exposition, huit d’entre eux viennent d’entamer une immense fresque sur les murs du marché aux puces. D’ici trois ou quatre ans, elle devrait recouvrir 12 000 m2. « Ce qui en ferait un des plus grands ensembles d’Europe », affirme Stéphane de Calmels qui imagine déjà créer à Marseille un « street art tour » comme il en existe à Paris.

Dégoulinants chauds de MOMIES. - Mickaël Penverne/20 Minutes

« On pourrait proposer une nouvelle offre touristique. Les croisiéristes pourraient venir faire un tour ici quand il débarque sur le port », anticipe-t-il. Ouverte il y a deux ans, la galerie Saint-Laurent rêve de devenir un centre culturel à part entière. Entre deux expositions, elle accueille déjà des artistes en « workshop » qui travaillent devant les amateurs de brocante. Mais sa directrice, Catherine Coudert, envisage d’ouvrir également des résidences d’artistes « d’ici un an ».

Le marché aux puces, en particulier celui des brocantes, pourrait ainsi devenir une nouvelle pépinière, une sorte de Friche de la Belle de Mai - « à ses débuts », précise Stéphane de Calmels. Installé lui-aussi au cœur d’un quartier paupérisé mais inscrit, lui-aussi, dans le périmètre d’Euromed, il attirerait artistes et touristes par centaines… Et verrait du coup sa côte grimper. « Le marché n’est pas à vendre. Nous sommes encore là pour 20 ans », coupe court Catherine Coudert.