Marseille: Les commerçants du centre-ville en pleine dépression

ECONOMIE Après les chantiers, ils doivent subir désormais la concurrence des nouveaux commerciaux...  

Mickael Penverne

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Marseille, le 13 janvier 2015, la demographie stagne a Marseille, selon l'INSEE.
Marseille, le 13 janvier 2015, la demographie stagne a Marseille, selon l'INSEE. — Mickaël Penverne / 20 Minutes

Une fois n’est pas coutume, les commerçants du centre-ville de Marseille ont le moral dans les chaussettes. C’est le résultat d’un sondage mené par la CGPME auprès de 130 professionnels et présenté cette semaine lors des «assises du commerce». Malgré l’ouverture récente de quelques boutiques de luxe, comme Rolex rue Grignan, ou la création de «concept store» branché comme le Jardin Montgrand, la plupart des commerçants interrogés ont le sentiment que la situation en centre-ville ne s’améliore pas, voire qu’elle se dégrade.

Ainsi, 53% des personnes interrogées ne sont pas satisfaites du niveau de sécurité – alors que les chiffres de la délinquance enregistrent une baisse depuis un an. Ils sont également 80% à être mécontents de la propreté des rues. 65% d’entre eux jugent également la signalétique (pour guider les passants) insuffisante. Quant au stationnement, c’est la bérézina: ils sont 90% à estimer qu’il manque des places de parkings et qu’elles coûtent trop cher (en moyenne, 3 euros pour une heure). Bref, tout va mal, ou presque.

Dépôt de bilan

La crise économique d’abord peut expliquer ce pessimisme très (trop ?) marqué. Elle affecte la plupart des commerçants depuis plusieurs années qui ne semblent plus croire à un rebond. Ainsi, 90% des personnes interrogées par la CGPME n’ont pas constaté d’évolution positive de leur chiffre d’affaires ces derniers mois. Du coup, 80% indiquent n’avoir aucun projet de développement de leur commerce (agrandissement, rénovation, terrasse…).

Les chantiers, comme celui de la semi-piétonisation du Vieux-Port puis du tramway de la rue de Rome, peuvent aussi expliquer cette morosité. Aux dires de certains commerçants, la construction de la ligne 3, qui a pris près d’un an de retard, aurait détourné définitivement certains clients de cette artère – qui n’était pas non plus au mieux de sa forme avant les travaux. Résultat, une soixantaine de boutiques auraient déposé le bilan en quelques mois.

L’ouverture des Terrasses du Port n’a pas arrangé les choses. Dépassés par cette nouvelle offre de masse qui attire des milliers de personnes notamment le dimanche, les commerçants du centre-ville attendent maintenant avec inquiétude l’ouverture du centre commercial du Stade Vélodrome qui doit rassembler une cinquantaine de boutiques au positionnement haut de gamme, dont les Galeries Lafayettes, sur 23.000 m2. Ouverture prévue sur l’avenue du Prado en 2017.

«Créer des espaces de promenades»

Pour sortir de la nasse, les commerçants militent pour des places de parking moins chères et des rues plus propres. Pour Florence Gatilmel, qui tient une armurerie rue Paradis, la rénovation de l’hypercentre passe aussi par la «végétalisation» des rues : «Il faut créer des espaces de promenade où les gens trouvent du plaisir à se balader», lance-t-elle. Arnaud Pellegrin, qui tient trois bijouteries-joailleries, propose d’enlever certaines places de stationnement «pour libérer l’espace». Quant à Marie-Pierre Cartier, vice-présidente la CGPME, elle aimerait organiser des animations «comme des nocturnes ou des journées entièrement piétonnes».

Les idées ne manquent pas pour améliorer l'attractivité du centre-ville. Mais il y a une chose dont les commerçants du centre-ville ne veulent pas entendre parler : l’ouverture dominicale. Portée depuis 2013 par la Chambre de commerce et d’industrie Marseille-Provence, l’initiative ne convainc toujours pas. 83% des commerçants n’ouvrent pas leur boutique le dimanche. A cause des charges salariales supplémentaires qu'elle implique, ils jugent cette ouverture non-rentable. Conclusion: 80% n’ont aucune intention de s'y mettre.