Marseille: La conversion de La Mède aux biocarburants inquiète les producteurs de colza

ECONOMIE Le groupe pourrait faire concurrence aux leaders des biodiesels...  

Mickael Penverne

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La raffinerie de La Mède.
La raffinerie de La Mède. — SIPA

Les producteurs français de colza et de biodiesel «s’alarment» de la reconversion de la raffinerie de Total La Mède. La semaine dernière, le groupe pétrolier a annoncé un plan d’investissement de 200 millions d’euros pour faire du le site la première bioraffinerie française à l'horizon 2017. Le groupe prévoit une production de 500.000 tonnes par an de biodiesel «grâce au raffinage d’huiles usagées en priorité et d’huiles végétales en complément».

C’est ce dernier point en particulier qui inquiète les professionnels des biocarburants qui craignent de prendre de plein fouet la concurrence du géant du pétrole. «Avec ce projet, une part importante de la production nationale (…) serait issue principalement d’huile de palme importée et non plus d’huile de colza française», indique la fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP) dans un communiqué.

«Une menace réelle»

La production de biodiesel est aujourd’hui issue à plus de 80% d’huile de colza provenant de cultures françaises. Or, l’huile de palme est 25% moins chère que l’huile de colza, selon les professionnels. Si La Mède se met à importer de l’huile de palme d’Indonésie ou de Malaisie, la FOP estime que la production de colza pourrait enregistrer une perte de surface de 400.000 hectares.

La conversion de La Mède menacerait aussi la filière industrielle du biodiesel, dominé par le groupe Avril, dirigé par Xavier Beulin, également patron de la FNSEA. Selon le syndicat interprofessionnel Esterifrance, qui rassemble les grandes entreprises du secteur, «la mise en service d’une nouvelle unité accroissant de 25% la capacité nationale ferait peser une menace réelle sur les usines existantes». Le secteur emploie environ 12.000 personnes.

«Notre filière sort à peine d’une période de restructuration. Deux sites ont déjà été fermés pour s’adapter au marché, indique Kristell Guizouarn, présidente d’Esterifrance. Nous comprenons la volonté de Total de préserver l’emploi mais son projet rentre en concurrence immédiate avec nos activités». Aujourd’hui, neuf usines en France produisent 2,2 millions de tonnes de biodiesel.

Prix et marché

De son côté, Total assure que son arrivée sur le marché des biodiesels n’entraînera pas de surproduction. «La France importe déjà 400.000 tonnes de biocarburants, explique-t-on au siège du groupe. En 2017, La Mède produira environ 500.000 tonnes: soit cette production remplacera ces importations, soit elle répondra à l’augmentation de la demande qui est inévitable puisque l'Europe a décidé que le taux d’incorporation de biodiesel dans le gazole allait passer de 7 à 10% en 2020. Il y aura de la demande, c'est certain!»

L’entreprise tient également à rassurer les producteurs de colza français. «La bioraffinerie de La Mède traitera entre 30 et 40% d’huiles usagées, et le reste, entre 60 et 70%, d'huiles végétales produites en France ou à l'étranger. On se fournira en fonction du prix et des disponibilités sur le marché, explique le groupe. En clair, on pourra acheter leur huile aux producteurs de colza».

 

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«Deux cents millions d'euros, ce n’est rien du tout»

La grève lancée par la CGT le jour de l’annonce du plan de reconversion a été suspendue. Si Total a promis 200 millions d'euros d'investir, le goupe a également annoncé la suppression de 180 postes. «Les salariés sont forcément inquiets pour leur avenir. Ils ne veulent pas perdre notre outil de travail», indique Mehdi Rachid, délégué CGT pour qui ces pertes d'emplois sont «inacceptables». Le syndicat a fait appel à un «expert» pour étudier la fiabilité du projet de Total. Selon Mehdi Rachid, ce projet «n'est pas viable»: «Deux cents millions d’euros, ça paraît beaucoup mais dans l’industrie, ce n’est rien du tout (...). Nous voulons un projet qui tienne la route».