Marseille: Le tourisme baleinier a son label

ENVIRONNEMENT Le secteur pèse plus de 2 millions d'euros...

Mickael Penverne

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Un rorqual commun en Méditerranée.
Un rorqual commun en Méditerranée. — Souffleurs d'Eclume

La situation est paradoxale : alors que le nombre de baleines (et de cétacés en général) diminue un peu partout dans le monde, le tourisme baleinier (ou whale-watching), lui, est en plein essor. En 2005, près de 5000 personnes se sont adonnées à cette nouvelle forme d’écotourisme le long de côtes françaises de la Méditerranée, rapportant aux opérateurs (tous privés) un chiffre d’affaires d’environ 2 millions d’euros. Les professionnels estiment que le secteur connaît une croissance de 2 à 3% par an.

La région devrait profiter de ce développement grâce notamment au sanctuaire Pelagos, une aire maritime de 87 000 m2 créée en 2002 par l’Italie, la France et Monaco, et qui abrite au moins 8 espèces protégées de cétacés. Selon Fannie Dubois, secrétaire exécutif du Sanctuaire, le parc abrite, en fonction des saisons, entre 150 et 1600 rorquals communs, de 19 600 à 39 000 dauphins blancs et bleus, un millier de grands dauphins et une centaine de ziphius (une baleine à bec).

Certification

Il existe dans le sud de la France une trentaine de sociétés pratiquant le tourisme baleinier, qui ne requiert aucun permis ou autorisation particulière - sauf celle qui régit la sortie en mer avec du public. Or, mal gérée, celle-ci peut perturber, voire porter atteinte aux animaux. En août, la France a mis en place un label international (créé par l’Accord pour la conservation des cétacés de Méditerranée, de Mer Noire et de la zone atlantique) pour gérer ce nouveau tourisme : le High Quality Whale-Watching.

Une formation a été mise en place pour obtenir ce label. Elle est dispensée cette année sur l’île de Porquerolles, dans le Var, jusqu’au 9 avril. C’est l’association Souffleurs d’Ecume, une ONG impliquée dans la conservation des cétacés depuis 14 ans, qui la dispense promettant «d’apporter aux opérateurs une méthode d’approche globale et respectueuse des cétacés» et une certification pour «valoriser leur activité», selon Morgane Ratel, chargé de mission de l’association.

Découverte du monde marin

Pendant trois jours, une trentaine de professionnels ont planché sur la biologie marine en Méditerranée, le droit de l’environnement et un code de bonne conduite qui encadre, par exemple, l’approche des animaux et interdit la nage avec eux. Philippe Derain fait partie des participants. Il est le propriétaire du Don du Vent, un ketch de 32 mètres classé d’intérêt patrimonial et amarré au Vieux-Port, en face de l’Hôtel de ville. Il a été le premier à proposer du «whale-watching» à Marseille.

Il espère que ce label confortera les professionnels qui, comme lui, pratiquent depuis longtemps cette activité et permettra, au passage, de séparer le bon grain de l’ivraie. «Aujourd’hui, beaucoup de gens le font le long de la côte (…) mais il ne faut pas que ce soit l’anarchie totale, explique-t-il. Ceux qui peuvent le faire doivent le faire bien. Sinon, cela risque de discréditer (le secteur) et de nuire aux animaux».

A bord du Don du vent, Philippe Derain propose une «croisière didactique» pour les «passionnés et les amoureux» de la mer. Pendant trois jours, au minimum, les touristes observent les cétacés au large de Porquerolles et de Toulon, et découvrent le monde marin grâce à des scientifiques embarqués à bord. La belle balade a cependant un prix : 300 euros par personne et par jour.

L’association Souffleurs d’Écume a développé un logiciel pour éviter les collisions entre les grands navires et les cétacés. Chaque année, entre 8 et 30 baleines meurent après avoir été heurtés par un bateau. Baptisé Repcet, cet outil permet de localiser les baleines en Méditerranée. Pour l’heure, une dizaine de navires est équipée du logiciel - dont les bateaux de La Méridionale. Pour être efficace, il en faudrait au moins une trentaine.