Marseille: Un trafic de bébés roms devant le tribunal correctionnel

JUSTICE Quatre enfants sont concernés par cette affaire...  

Mickael Penverne

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Un nouveau né dans une maternité (photo d'illustration).
Un nouveau né dans une maternité (photo d'illustration). — © Fabrice ELSNER

Le tribunal de grande instance de Marseille examine mardi 7 et mercredi 8 avril une affaire de trafic de bébés. Dix personnes sont poursuivies en correctionnelle, dont quatre pour traite d'êtres humains. Une infraction punissable de 10 ans d'emprisonnement et de 1,5 million euros lorsqu'elle est commise à l’égard d'un mineur.

Ce réseau de vente de nourrissons roms avait été mis au jour à Marseille et à Ajaccio en août 2013. Des hommes, faisant office d’intermédiaires, avaient approché des couples ne pouvant pas avoir d’enfant pour leur vendre des nouveaux nés. Le tarif - négociable - s’élevait à 10.000 euros.

Les parents acheteurs estiment être «victimes»

Ce trafic a concerné quatre enfants. Deux garçons ont été vendus. Le premier couple acheteur, issu comme le second de la communauté des gens du voyage, a versé 8.000 euros. L'autre couple a payé 8.000 euros et une BMW. Dans La Provence, Mike Corgan et sa femme Carmen estimaient pourtant être «les victimes dans cette histoire».

Deux fillettes ont également failli être vendues. Mais la mère biologique d’un des nourrissons a finalement refusé de céder son bébé. Concernant l’autre petite fille, les intermédiaires ont été interpellés en août 2013, soit quelques semaines avant sa naissance.

L’Organisation internationale contre l’esclavage moderne (OICEM) s’est portée partie civile dans cette affaire. Selon l’ONG, qui accompagne les victimes de traites d’être humains, il s’agit bien d’un trafic de bébés. «L’enfant est devenu l’objet d’une transaction. Il est devenu un objet tout court, indique sa directrice Nagham Hriech. Il y a eu un démarchage, des échanges et même des négociations».

Un des enfants replacé dans la famille qui l'avait acheté

«Nous ne sommes pas dans le cadre d’un "confiage" spontané avec le versement d’une indemnité, ajoute-t-elle. Ici, on a monnayé le prix puis, on a tenté de recréer l’identité de l’enfant en falsifiant les documents d’identité de la mère adoptive ou en demandant au père acheteur de reconnaître l’enfant de la mère biologique.»

Deux ans après la fin de l’enquête, les deux fillettes sont aujourd’hui chez leurs parents biologiques. Les deux garçons ont été placés dans des familles d’accueil par l’Aide sociale à l’enfance. Mais l’un d’entre eux, envoyé dans la région de Nancy, se serait «laissé mourir», explique Nagham Hriech.

«Il avait vécu un an avec le couple acheteurs et des liens affectifs s’étaient tissés entre eux. Cela peut paraître paradoxal mais le juge a finalement décidé de le replacer dans la famille qui l’avait acheté», conclut-elle.