Marseille: La plus vieille mosquée au centre d'un très long conflit

SOCIETE Salim Lakhzoum assure vouloir finir les travaux rapidement...

Mickael Penverne

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Salim Lakhzoum, président de l'Association cultuelle islamique de Marseille.
Salim Lakhzoum, président de l'Association cultuelle islamique de Marseille. — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Que va devenir la plus vieille mosquée de Marseille? Inaugurée en 1975, la mosquée El Taqwa, située sur l’avenue Camille-Pelletan et gérée par l’Association cultuelle islamique de Marseille (ACIM), a été entièrement murée le 10 mars dernier, sous les yeux des fidèles du quartier, et la protection de la police, après une énième décision de justice. Le dernier épisode d’un long feuilleton qui dure maintenant depuis six ans.

L’affaire démarre en 2009 quand des opposants de l’ancien président de l’ACIM convoquent une assemblée générale extraordinaire de l’association pour le «renverser». Moussa Bouzenzen et Amar Tazir, qui mènent la «fronde», accusent Mohand Alili (décédé en 2013) de mauvaise gestion, et même de malversations financières. Au terme de cette AG, ils prennent la majorité et les clés de la mosquée. Mais l’équipe Alili contre-attaque en justice.

Visites d'huissiers

Deux ans plus tard, la cour administrative d’appel d’Aix-en-Provence donne raison aux dirigeants «historiques» qui commencent à envoyer les huissiers. Rien ne bouge. En 2014, le nouveau président de l’ACIM, Salim Lakhzoum, saisit le tribunal administratif pour demander l’expulsion de ses adversaires. La justice lui donne raison en août. Nouveaux huissiers en septembre, puis en octobre. Finalement, Salim Lakhzoum se tourne vers la préfecture pour faire exécuter le jugement et murer la mosquée.

La mosquée El Taqwa est murée depuis le 10 mars 2015. - Mickaël Penverne / 20 Minutes

Face à l'émotion provoquée par son initiative, ce dernier se défend aujourd’hui. Il assure avoir essayé de «temporiser» avec Moussa Bouzenzen. Il explique aussi avoir envoyé «deux ou trois fois» un «émissaire», un commerçant du quartier «respecté par tout le monde». «Ces gens-là ont organisé un putsch, explique-t-il. De notre côté, nous avons fait preuve de responsabilité. Nous avons saisi la justice. Nous avons gagné. Et quand nous avons fait appel à la force publique, la préfecture a mis quatre mois pour se décider. C'est bien la preuve que tout le monde a été sage dans cette affaire.»

«Nous sommes des républicains»

Selon lui, cette histoire relève d’un simple conflit entre un propriétaire et des «squatteurs». Il promet d'ailleurs de casser le mur «très prochainement», peut-être dès la semaine prochaine, pour permettre la reprise des travaux. Il veut faire de la mosquée un «centre de rayonnement» où l’on prêchera «l’islam de France»: «Nous sommes des républicains. Nous ne sommes soutenus par aucun pays étranger. Et nous comptons rester sur cette ligne indépendante.»

Quant aux derniers travaux de rénovation, ils seront financés par les «grands commerçants» du quartier de la porte d’Aix. «Ne vous inquiétez pas pour cela», conclut-il.