Djihadisme: Les députés s'intéressent aux Baumettes

SOCIETE La commission d'enquête de l'Assemblée nationale s'interroge sur la radicalisation en prison...

Mickael Penverne

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La commission d'enquête de l'Assemblée nationale a fait étape à Marseille.
La commission d'enquête de l'Assemblée nationale a fait étape à Marseille. — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les filières djihadistes en France fait étape dans le Sud. Après s’être rendus au Danemark et à Bruxelles, et avant de se rendre à Londres, en Turquie et peut-être en Syrie, les députés se sont arrêtés à Marseille puis à Nice.

Créée en décembre dernier, la commission, présidée par le député UMP des Alpes-Maritimes Eric Ciotti et dont le rapporteur est le député PS des Bouches-du-Rhône, Patrick Mennucci, a pour mission d'analyser les ressorts de la radicalisation et surtout, de proposer de nouvelles mesures législatives ou réglementaires.

Elle a déjà mené une trentaine d’auditions de responsables des services de renseignement, de la police, de la gendarmerie mais aussi des magistrats et de chercheurs spécialistes des religions et du monde arabo-musulman comme Gilles Kepel ou Raphaël Liogier, enseignant à Sciences-Po Aix-en-Provence.

Le ministère de l’Intérieur a identifié 1.300 personnes en France ayant un lien avec une activité terroriste: 596 d’entre elles se sont déjà rendues dans un pays en guerre comme l’Irak et le Syrie, 200 autres auraient des velléités de départ et 200 seraient «quelque part entre la France et ces territoires», a indiqué Patrick Mennucci jeudi lors d'une conférence de presse.

Plaque-tournante

Dans ce processus de radicalisation, Internet est souvent montré du doigt. Même chose pour la prison. «On a déjà vu des gens entré en prison comme délinquant et en sortir comme djihadiste», a rappelé Habib Meyer, député UDI des Français à l’étranger, en prenant l’exemple d’Amédy Coulibaly.

C'est pour cette raison que les députés se sont rendus aux Baumettes. «Nous avons voulu nous rendre dans une prison lambda où les gens qui sont radicalisés ou en voie de radicalisation ne sont pas regroupés, a expliqué Patrick Mennucci. Nous voulons essayer de savoir comment ça se passe avec les autres» détenus.

Selon le député des Bouches-du-Rhône, plus de 130 personnes ont été mis en examen dans le cadre d’affaires liées au terrorisme, et 90 d’entre elles ont été placées en détention. Dans le même temps, les prisons françaises ne comptent que 181 aumôniers musulmans, pour un budget d’un peu plus de 2 millions d’euros. «C’est un montant très faible», a reconnu Patrick Mennucci.

Si la commission d’enquête a fait étape à Marseille, cela ne signifie pas que la ville est une plaque-tournante du djihadisme en France, assurent les députés. «Il n’y a pas de spécificité marseillaise, ni de dangerosité particulière», a assuré l’élu socialiste rappelant que tous les départements étaient concernés. Cependant, les Bouches-du-Rhône se trouvent dans les 10 premiers départements métropolitains concernés par le phénomène, a-t-il ajouté.

Après avoir tué quatre personnes au Musée juif de Bruxelles, Mehdi Nemmouche avait été interpellé à Marseille où il avait bénéficié de complicités. Quelques semaines plus tard, c'est une jeune marseillais, Assia, qui est partie faire le djihad en Syrie. Et en janvier, un agent de sécurité de l'aéroport de Marignane a été condamné à 2 ans de prison ferme pour apologie du terrorisme.