La fondation Abbé Pierre veut créer une unité d'accueil au 149, rue de Crimée à Marseille.
La fondation Abbé Pierre veut créer une unité d'accueil au 149, rue de Crimée à Marseille. — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

SOCIETE

Marseille: Les habitants ne veulent pas des douches de la Fondation Abbé Pierre

Dans le 3e arrondissement, la Fondation Abbé Pierre veut ouvrir des bains-douches pour les personnes vivant dans la rue...

Il est considéré comme le quartier le plus pauvre de France. Avec 55% des ménages percevant moins de 60% du revenu médian, soit 977 euros par mois, le 3e arrondissement enregistre les pires difficultés économiques et sociales de la ville. En février, par exemple, sept jeunes sont montés sur une grue de chantier pour réclamer simplement un boulot... Mais c'est ici, au 149 de la rue de Crimée, que la Fondation Abbé Pierre veut ouvrir des bains-douches pour les personnes vivant dans la rue.

L’association gère déjà une «boutique de la solidarité» à quelques centaines de mètres de là, rue Loubon. Cet accueil de jour propose notamment deux douches – ce qui s'avère nettement insuffisant pour les 300 personnes qui fréquentent chaque jour la boutique. La Fondation a donc acheté un autre local, rue de Crimée, pour construire un nouvel accueil. Elle y prévoit d’y installer des machines à laver, des sèche-linge, des vestiaires et de nouvelles douches : 8 pour les hommes, deux pour les familles et 6 pour les femmes.

«La misère sur la pauvreté»

Selon une enquête de Médecin du monde publiée en 2014, Marseille est la seule grande métropole française à ne compter aucun bain-douche municipal. «Au moment des élections municipales, nous avions interrogé tous les candidats sur cette question. Jean-Claude Gaudin, par l’intermédiaire de son adjoint (à la santé et à l’hygiène) Patrick Padovani, a signé notre charte d’engagement à l’accès à l’eau pour tous», rappelle Fathi Bouaroua, président de la Fondation Abbé Pierre.

Cela fait un an qu’il travaille sur le projet. Il a signé le compromis de vente et il est prêt à lancer les travaux d’aménagement. Mais le projet soulève l’opposition d’une partie des riverains qui craignent un «appauvrissement» de leur quartier. Un collectif de la rue de Crimée s’est même monté avec une ancienne architecte à sa tête, Marion Maulet. «Il y a déjà 30 structures d’aide sociale dans l’arrondissement, explique-t-elle. Pourquoi vouloir coller de la misère sur la pauvreté?»

Les chasse-neiges sur la Croisette

«Installer ce foyer à cet endroit, ce n’est pas une bonne idée, développe-t-elle. Cela va déséquilibrer ce quartier où ce n’est pas toujours simple. Ce n’est pas une question d’égoïsme. Mais le quartier est déjà assez pauvre comme cela. On ne pourrait pas mieux répartir ce genre de projets dans Marseille? Pourquoi on ne demande pas aux habitants du 8e arrondissement s’ils ne sont pas égoïstes?». Fathi Bouaroua balaie ces arguments par une métaphore: «Quand il neige sur Gap, est-ce qu’on envoie les chasse-neiges sur la Croisette?»

«Est-ce qu’il y a une urgence dans le 8e arrondissement? Non, bien sûr. Nous voulons le faire dans le 3e parce que justement, c’est le quartier le plus pauvre de France», ajoute-t-il. Selon lui, l’ouverture de ce nouvel accueil ne provoquera pas d’appel d’air: «Nous proposons simplement un service d’hygiène et un service public». Le président de la Fondation Abbé Pierre se dit prêt à temporiser - au moins le temps que passent les élections départementales. «Nous répondons à un besoin mais si on nous démontre que l’on peut y répondre autrement, nous sommes prêts à discuter».