Marseille: Jean-Noël Guérini attend son premier jugement

JUSTICE Le tribunal correctionnel doit rendre son jugement lundi dans une affaire de licenciement présumé de complaisance entre Jean-Noël Guérini et Jean-David Ciot...

20 Minutes avec AFP

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Le sénateur ex-PS Jean-Noël Guérini au tribunal correctionnel de Marseille, le 13 octobre 2014
Le sénateur ex-PS Jean-Noël Guérini au tribunal correctionnel de Marseille, le 13 octobre 2014 — Anne-Christine Poujoulat AFP

Le président du conseil général des Bouches-du-Rhône Jean-Noël Guérini, ex-patron du PS local empêtré dans des affaires judiciaires d'envergure, connaîtra lundi son sort dans un dossier moins retentissant concernant une démission présumée arrangée. Six mois de prison avec sursis, un an d'inéligibilité,et une amende de 15.000 euros ont été requis à son encontre et celle de Jean-David Ciot, son ex-collaborateur.

Dans ce dossier, le seul pour lequel il a été renvoyé en correctionnelle jusqu'à présent, le sénateur, réélu fin septembre, est jugé pour détournement de fonds publics au côté de  Jean-David Ciot, devenu depuis secrétaire départemental du PS. Ce dernier est poursuivi pour recel.

«Un licenciement aberrant»

La justice soupçonne Jean-David Ciot d'avoir bénéficié le 26 mai 2011 d'un licenciement de complaisance de son poste de conseiller technique à la présidence du département, moyennant 65.000 euros d'indemnités, pour lui permettre de se présenter aux législatives de 2012.

Lors de l'audience,le procureur a évoqué un «licenciement aberrant», s'interrogeant notamment sur l'absence de préavis qui prouve selon lui «l'intentionnalité» des deux prévenus.

Si Jean-David Ciot avait effectué un préavis, il n'aurait pas pu se présenter aux législatives car une loi d'avril 2011 imposant aux collaborateurs des collectivités territoriales de démissionner au moins un an avant l'échéance électorale. Peu après son départ du conseil général, il avait été élu premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône en remplacement de Jean-Noël Guérini.

Jean-David Ciot a répété à l'audience que le licenciement lui avait été imposé et qu'il n'avait pas l'intention, au départ, de se présenter aux législatives.

S'il a en effet reconnu à l'audience avoir décidé de licencier son collaborateur, Jean-Noël Guérini a expliqué n'avoir «à aucun moment (...) pensé violer la loi» et ne pas s'être occupé des détails, tout en accablant son ex-directeur de cabinet Rémy Bargès.

Epine dans le pied du PS

Cette affaire aurait dû concerner «le tribunal administratif ou les prud'hommes. Mais comme je ne suis pas monsieur Dupont, je me retrouve devant vous», a lancé Jean-Noël Guérini aux juges. «Le contexte politique était exécrable, il fallait faire disparaître Jean-Noël Guérini», a-t-il soutenu, stigmatisant les accusations faites à l'époque par le socialiste Arnaud Montebourg contre «le système Guérini».

Jean-Noël Guérini est en effet mis en examen, notamment pour trafic d'influence et association de malfaiteurs, dans plusieurs dossiers de marchés publics présumés frauduleux, tout comme son frère Alexandre, soupçonné d'accointances avec le milieu.

Deux enquêtes qui, pour Dominique Mattéi, son avocat «éclairent négativement tout ce que fait» Jean-Noël Guérini, fustigeant «une histoire dérisoire, anecdotique, une affaire prud'homale», mais non pénale.

Les élections départementales

Quelle que soit la décision du tribunal, elle sera une épine de plus dans le pied du PS local, déjà laminé par la gifle des municipales et la récente décision de la commission électorale d'invalider les comptes de campagne de plusieurs de ses candidats à Marseille.

Que le tribunal relaxe Ciot et Guérini, et ce dernier sera dans une position plus forte que jamais avant les élections départementales.

D'ores et déjà, 22 conseillers généraux socialistes ou divers gauche (FdG et PRG) ont appelé à «une large alliance des élus de la majorité sortante» avec Jean-Noël Guérini, malgré la position socialiste officielle de rupture avec lui.

Que les juges le condamnent, et le PS se retrouvera entaché de la condamnation de son premier fédéral, sans pour autant empêcher Jean-Noël Guérini de se présenter. Il pourra de toute façon faire appel, suspensif, de sa condamnation.