Ségolène Royal confirme son véto aux rejets liquides

ENVIRONNEMENT La ministre de l'Environnement demande une «expertise indépendante» sur les rejets de l'entreprise Alteo dans le Parc des calanques...

Mickael Penverne

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French Ecology, Sustainable Development and Energy Minister Segolene Royal arrives to attend a meeting at the Hotel Matignon, in Paris, on september 11th, 2014./REVELLI-BEAUMONT_NRB03/Credit:REVELLI-BEAUMONT/SIPA/1409112248
French Ecology, Sustainable Development and Energy Minister Segolene Royal arrives to attend a meeting at the Hotel Matignon, in Paris, on september 11th, 2014./REVELLI-BEAUMONT_NRB03/Credit:REVELLI-BEAUMONT/SIPA/1409112248 — SIPA

Ségolène Royal a confirmé ce week-end son opposition aux rejets dans le parc des Calanques des «eaux industrielles» de l’entreprise d’alumine Alteo, située à Gardanne.

Il y a dix jours, la ministre de l’Environnement s’était déjà opposée au vote du conseil d’administration du Parc. Vendredi, après une réunion avec les dirigeants d’Alteo, elle a répété que «la demande d’autorisation de rejets liquides ne sera pas accordée en l’état, malgré l'avis du conseil d'administration du Parc, car il faut viser un objectif zéro rejet d’arsenic et de métaux lourds en mer».

«La clé sous la porte»

Ségolène Royal a également annoncé le lancement d’une «expertise indépendante» menée par le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM). Ses conclusions devront être rendues dans 2 mois. «Les préoccupations liées aux priorités concernant la santé publique et la protection du milieu marin fragile justifient cette décision», conclut le communiqué de la ministre.

Cette décision n’est pas du goût de Roger Meï, maire (PCF) de Gardanne. «Vous avez raison de demander que l’on tende vers zéro émission dans les eaux de Cassis, écrit-il dans un courrier adressé à la ministre. Mais l’exiger immédiatement, c’est contraindre Alteo à mettre la clé sous la porte». L'élu demande à la ministre un «délai raisonnable économiquement» pour que les industries «intègrent l'environnement». L’enjeu, selon lui, est de permettre au «process» d'Alteo de perdurer et donc de préserver les «700 emplois du bassin». 

Améliorer le process

«On ne peut pas se retrancher en permanence derrière l’emploi, réagit Christine Juste, porte-parole d’Europe Ecologie/Les Verts. Les salariés d’Alteo vivent comme nous près de la Méditerranée. Ils mangent du poisson, comme nous. Ils se baignent dans la mer, comme nous.» Pour l'écologiste, la solution ne passe pas forcément par la fermeture d'Alteo mais par l’amélioration de son «process». «Il existe des fonds, notamment européens, pour cela. Il suffit de les mobiliser», conclut-elle.

Alteo rejette ses déchets en mer par une canalisation longue de 54 km. En 50 ans, elle a déversé plus de 20 millions de tonnes de résidus de bauxite – les boues rouges. Selon la direction régionale de l'environnement, un dépôt s'est formé jusqu'à 2 300 m de profondeur et sur 65 km de large, au niveau du canyon de Cassidaigne. Son épaisseur est estimée à plus de 50 cm à 25 km du point de rejet et à environ 10 cm à 60 km. Ces rejets, qui aboutissent en plein cœur du parc des calanques, vont cesser fin 2015. Mais l'entreprise a obtenu l'autorisation de rejeter des «eaux industrielles», qui contiennent notamment de l'arsenic et des métaux lourds, pendant une période de trente ans.