Santé: Des chercheurs marseillais utilisent un ver immortel pour lutter contre la tuberculose

SCIENCES Une équipe du CNRS, basée à La Timone, a identifié un gène résistant...  

Mickael Penverne

— 

Marseille, le 11 septembre 2014, Eric Ghigo, chercheur au CNRS, prÈsente les rÈsultats de ses recherches sur le ver plat immortel.
Marseille, le 11 septembre 2014, Eric Ghigo, chercheur au CNRS, prÈsente les rÈsultats de ses recherches sur le ver plat immortel. — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Le ver au service de l’homme. Eric Ghigo, chercheur au CNRS à la faculté de médecine de La Timone, vient de découvrir qu’un gène est capable de détruire des bactéries très résistantes, comme celles de la tuberculose. Baptisé MORN 2, ce gène, commun à plusieurs espèces, est inactif chez l’homme. Le scientifique marseillais et son équipe viennent de découvrir qu’il est, en revanche, très actif chez un ver plat immortel nommé Dugesia Japonica.

>> Par ici tous les papiers Santé publiés sur 20 Minutes

«Il ne meurt jamais»

Vivant dans les eaux claires et plutôt froides, ce minuscule animal a la particularité de se régénérer. Il est d'ailleurs étudié pour cela par de nombreux chercheurs. «Quand vous le coupez en deux, vous obtenez deux vers, explique Eric Ghigo. Cela veut dire qu’il ne meurt jamais, en tout cas dans un laboratoire où il n’y a pas de prédateur».

Mais cet invertébré a une autre qualité: il peut dégrader, ingérer et finalement détruire de nombreuses bactéries. «On a testé sur lui 17 bactéries plus ou moins dangereuses pour l’homme, poursuit le scientifique. Il les a toutes tuées».

In vitro et dans le ver

En étudiant son programme génétique, le chercheur a découvert que le ver possédait un gène capable de détruire ces agents pathogènes: le MORN 2.  Or, si on surexprime ce gène, c’est-à-dire si on le stimule dans des globules blancs humains, il tue les bactéries», constate alors Eric Ghigo qui vient de publier le résultat de ses recherches dans la revue Cell Host and Microbe.

L’association du MORN 2 «stimulé» à des molécules chimiques, comme les antibiotiques, permettrait ainsi, selon lui, de lutter contre des bactéries très résistantes comme la tuberculose. «Mais pour l’instant, ça marche in vitro et chez le ver, temporise-t-il. Il faut encore faire des tests chez la souris».

Les recherches d'Eric Ghigo et de son équipe ont duré 6 ans, et mobilisé 18 chercheurs, en France, en Europe et en Nouvelle-Zélande.

Si le MORN 2 est actif chez le Dugesia Japonica, pourquoi ne l’est-il pas chez l’homme? «Probablement, parce qu’il a évolué différemment, répond Eric Ghigo. Et parce que les autres gènes et les autres molécules qui sont tout autour ont évolué différemment».