Un vote en eaux troubles

Mickaël Penverne

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L'usine de Gardanne veut déverser en mer des eaux contenant soude et arsenic.
L'usine de Gardanne veut déverser en mer des eaux contenant soude et arsenic. — P. Magnien / 20 Minutes

Après les boues rouges, les «eaux industrielles». L'usine Alteo, qui produit de l'alumine à Gardanne, déverse depuis des décennies des boues rouges au large de Cassis. Ces rejets, qui aboutissent en plein cœur du parc des calanques, vont cesser fin 2015. Mais l'entreprise a demandé en mai l'autorisation de rejeter des «eaux industrielles», qui contiennent notamment de la soude et de l'arsenic, pendant une période de trente ans.

L'exploitation en question


«Toutes nos études démontrent que ces excédents ont un impact très très limité, indique Eric Duchenne, directeur des opérations à Alteo. Quand ils arrivent en mer, les métaux lourds sont neutralisés et ne sont pas relâchés dans la nature. On estime qu'à 50 m de notre canalisation, on ne trouve plus aucune trace. Ce n'est donc pas dangereux pour l'environnement et pour l'homme». Le conseil d'administration du parc des calanques doit se prononcer le 8 septembre. Le conseil scientifique de l'établissement public a déjà donné son accord. «Il a dit oui mais à certaines conditions, précise Didier Réault. Il faut notamment davantage de contrôles et une clause de revoyure pour pouvoir faire des points d'étape avec Alteo». Une «compensation» financière pourrait également être demandée à l'entreprise. Le président du parc pense pourtant que le vote du conseil d'administration, qui pourrait se dérouler à bulletin secret, sera «serré». S'il est négatif, le préfet de région ne pourra pas délivrer d'autorisation. «Dans ce cas, on arrêtera l'exploitation de l'usine», anticipe Eric Duchenne. Avant de conclure qu'environ 700 personnes travaillent chaque jour sur le site d'Alteo.

■ Un tapis de boues rouges au large

L'usine d'Alteo rejette ses déchets en mer par une canalisation longue de 54 km. En 50 ans, elle a déversé plus de 20 millions de tonnes de résidus de bauxite – les boues rouges. Selon la direction régionale de l'environnemente, un dépôt s'est formé jusqu'à 2 300 m de profondeur et sur 65 km de large, au niveau du canyon de Cassidaigne. Son épaisseur «est estimée par Alteo à plus de 50 cm à 25 km du point de rejet et à environ 10 cm à 60 km».