Qualification de l'Algérie: «Les casseurs ne sont pas des supporters»

REPORTAGE A Marseille, la qualification de l’équipe algérienne en huitièmes de finale a laissé des traces....

Amandine Rancoule

— 

Des supportes algériens fêtent la victoire de l'Algérie en Coupe du Monde, dans les rues de Marseille, le 26 juin 2014
Des supportes algériens fêtent la victoire de l'Algérie en Coupe du Monde, dans les rues de Marseille, le 26 juin 2014 — Claude Paris/AP/SIPA

Fanion algérien coincé sur le guidon, un enfant fait de la trottinette. Derrière lui, son oncle, maillot d’Islam Slimani sur le dos, salue des hommes attablés en terrasse. Sur le Cours Belsunce (1er), là où jeudi soir les CRS ont repoussé la foule venue fêter la qualification des Fennecs en huitièmes de finale, on se réveille doucement. «On déborde d’enthousiasme, cette qualification est historique, estime Abdel, caressant le numéro 13 sur son torse. C’est normal de fêter la victoire de son équipe non? Parce que c’est bien ce que l’on a fait, les casseurs ne sont pas des supporters».

Six interpellations jeudi soir

Jeudi soir, six interpellations ont eu lieu dans le centre-ville. Deux motards de la police ont été caillassés peu après minuit sur le Vieux-Port. Les forces de l’ordre ont alors chargé la foule en liesse sur la Canebière, usant de gaz lacrymogène pour la disperser vers les rues adjacentes. Stigmates d’une nuit agitée: des poubelles incendiées sur la Canebière, des panneaux de signalisations pliés, des débris au sol, un arrêt de tramway en partie détruit… «Pourquoi après les matchs de l’Algérie, ça finit mal?, s’interroge Amina. Ils ont cassé leur matériel, c’est pour eux que c’est construit, c’est leur ville, c’est leur quartier», juge-t-elle, désignant du doigt les éclats d’une vitre au sol.

Son mari, casquette aux couleurs algériennes sur le crâne intervient vivement. «Une minorité de personnes aiment provoquer la police, considère-t-il. C’est comme dans la rue, si un homme tape ou jette des choses à la figure d’un autre, normalement l’autre va se défendre. Hier soir, la police s’est défendue», assure-t-il. De nerfs, il ne cesse de touiller son café noir servi dans un petit verre transparent. «Et oui, ça m’a gâché la fête», lâche-t-il, comme sous l’effet d’une douche glacée.

«J’ai recommandé des drapeaux français»

A quelques pas, un commerçant renseigne des mamans sur les prix de bracelets en plastique. Pendu au-dessus de lui, à l’entrée du magasin, le drapeau français flotte au vent, entouré par celui de l’Algérie et du Brésil. «J’ai recommandé des drapeaux français, je n’en avais plus depuis deux jours, raconte-il. Ici, la plupart des gens m’achètent deux drapeaux: un Algérien et un Français».

Jeudi soir, Addad n’est pas descendu sur le Vieux-Port. «Quand la France joue, il n’y a jamais de problème, quand l’Algérie joue, il y a souvent des problèmes, pense le patron, franco-tunisien. Les casseurs sont des minots, ce ne sont pas des pères de famille de trente ans qui travaillent. Pour moi, c’est une question d’éducation et de respect». Les mères écoutent, opinent, commentent entre elles. A la façon d’une centrifugeuse, deux enfants tournent autour d’elles. L’un d’eux porte un tee-shirt noir «Les petits Marseillais» reprenant le logo d’une célèbre marque. En courant en rond, ils jettent leur fanion vert et blanc et rattrapent la hampe au vol, les yeux encore pétillants comme du champagne.