Massalia prend un coup de vieux

ARCHEOLOGIE Hier 2 600 ans d'âge, aujourd'hui 7 600. Une découverte unique vient de faire remonter l'histoire de Marseille à 5 600 ans avant notre ère. Les archéologues ont mis au jour en novembre dernier un mur en terre crue daté de l'époque chasséenne (néolith...

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Hier 2 600 ans d'âge, aujourd'hui 7 600. Une découverte unique vient de faire remonter l'histoire de Marseille à 5 600 ans avant notre ère. Les archéologues ont mis au jour en novembre dernier un mur en terre crue daté de l'époque chasséenne (néolithique). Les fouilles, entreprises depuis octobre sur la colline Saint-Charles, se déroulent dans le cadre de la construction de 136 logements et d'une résidence de tourisme inscrits au projet Euroméditerranée.Perdu dans un immense chantier de terre rouge, le mur en question est au premier regard un simple tas de terre d'environ deux mètres de long. Pourtant, il marque un tournant décisif dans l'histoire de Marseille. « C'est une des plus fortes émotions de ma carrière, comparable à celle de la découverte des deux épaves grecques en 1992 sur le port phocéen, confie Nicolas Weydert, archéologue à l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). C'est le seul mur en Europe du Sud de cette taille. C'est une découverte majeure. Avec Ingrid Sénépart [responsable des fouilles], on est resté une minute sans prononcer une parole. »Construit avec des pains d'argile malaxée et agglomérée, le mur est probablement un élément d'habitat. Par qui a-t-il été construit ? « On connaît l'existence des Chasséens mais pas leurs habitations, qui sont très difficiles à déceler », explique Ingrid Sénépart. Arrivé de Méditerranée orientale par la mer, ce peuple maîtrisait l'élevage, l'agriculture et la technique de la céramique. A cette époque, la colline Saint-Charles était une vaste pelouse rase, idéale pour élever des moutons et faire pousser des plantes. Sur ce site exposé plein sud et protégé du mistral, les Chasséens avaient aussi trouvé des sources et une rivière.« On peut aussi imaginer qu'ils ont apprécié la vue sur les massifs de Marseilleveyre, de l'Etoile et sur la baie de Marseille », avance Nicolas Weydert. Les traces de silex taillé, les fragments de céramique et surtout les nombreux restes de coquillages consommés ont mis les archéologues sur leur piste. Les fouilles devraient se poursuivre jusqu'à fin mai.

Texte réalisé par Fabienne Götz