«Je crois en tout, mais surtout à ce que je vois»

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Corinne et Marcello sont ensemble depuis quatre ans et sous la même tente depuis ce week-end. « Auparavant, on dormait dans un square près du Vieux-Port, à la belle étoile », raconte Corinne. Le couple s'est rencontré à l'unité d'hébergement d'urgence de la Madrague. « Là-bas, on s'est fait agresser, il y avait la gale. On a préféré partir. » Leurs demandes de logement n'ont jamais abouti. « On a pris une chambre à l'hôtel pour 580 e par mois, explique Marcello. On a tenu un hiver mais avec nos RMI, ça ne suffisait pas pour vivre. Restait la rue. »

Avant la galère, Corinne était fonctionnaire à Paris. Des problèmes familiaux lui ont fait tout perdre et aujourd'hui, elle ne voit plus ses enfants. Marcello, lui, a été marin sur le Charles-de-Gaulle et a travaillé dans l'import-export puis comme agent de sécurité. « Malgré ça, je vivais dehors : on n'accepte pas un locataire sans garant. Or, sans logement, je n'obtiendrai pas la garde de mon petit garçon... C'est ma priorité. » Tous deux ont accepté samedi de rejoindre le groupe de la Porte d'Aix, où la vie s'organise peu à peu. Les occupants des tentes ont tous accepté le règlement : pas d'alcool, pas de violence... Tous se partagent les tâches, de la propreté au bois pour le feu. « C'est vrai qu'il nous manque des sanitaires, note Corinne, seule femme du campement. Mais grâce aux tentes, on est plus protégé. Et ça fait du bien d'être en groupe. On s'entraide. » Sur leur tente, le couple a accroché une peluche-mascotte de l'équipe de France de rugby. Cadeau de Noël d'Henri, un compagnon de rue lui aussi hébergé sur place. A 63 ans, la retraite de ce conducteur d'engin de travaux publics ne lui permet pas de payer un loyer. « Les tentes, c'est mieux que rien », sourit-il sous sa barbe. Dans sa tente, entre deux corvées de bois, il écoute sa radio. L'allocution du chef de l'Etat, qui promet le droit au logement opposable, il a préféré la zapper. « Moi, je crois en tout, mais surtout à ce que je vois ».

S. Harounyan