Le BTP à l'épreuve des cités

Mickaël Penverne

— 

Des habitants de la cité Bellevue bloquaient l'accès à un chantier Nexity, lundi.
Des habitants de la cité Bellevue bloquaient l'accès à un chantier Nexity, lundi. — A.C. Poujoulat / AFP

Les habitants de Félix-Pyat (3e) ont obtenu gain de cause. Pendant deux jours, ils ont bloqué l'entrée du chantier Les Docks Libres pour obtenir des emplois. Environ 200 personnes y travaillent pour construire plus de 680 logements. Après une table ronde à la préfecture mardi, le promoteur, Nexity, s'est engagé à leur fournir immédiatement trois postes puis sept autres dans les mois à venir, sur ce chantier ou un autre.

«On a besoin d'un travail»


«C'est un grand pas en avant, se félicite Foued, 30 ans. Nous, on veut juste nourrir nos familles, aller au cinéma, acheter des vêtements, etc. Mais pour faire tout ça, on a besoin d'un travail.» Doté d'une «grosse expérience dans le bâtiment», il affirme avoir postulé trois mois avant le début des travaux. Sans succès. «J'ai l'impression qu'ils ne veulent pas embaucher des gens d'ici, s'agace-t-il. Peut-être à cause de la mauvaise réputation de la cité.» A la fédération du BTP 13, on réfute l'idée d'une discrimination à l'embauche. «Nous sommes sans doute le seul organisme à aller au cœur des cités pour proposer des emplois et des formations, assure-t-on. A chaque fois, nous allons dans les centres sociaux pour présenter tous les dispositifs que nous pouvons mettre en place. En décembre, par exemple, nous étions à la Maison pour tous de Saint-Mauront (3e). L'année dernière, nous avons fait sept ou huit cités comme ça.» Selon l'organisme professionnel, entre 250 et 300 habitants des quartiers populaires auraient trouvé ainsi un emploi ou une formation en 2013. «On milite vraiment pour l'emploi local», insiste la fédération. «De toute façon, si les engagements ne sont pas respectés, on reprendra le blocage», prévient Foued.

■ Les 5 % de la Charte nationale d'insertion

Pour un chantier situé en zone ANRU (Agence nationale de rénovation urbaine), les promoteurs, qui doivent signer la Charte nationale d'insertion, sont obligés de réserver au moins 5 % du nombre d'heures travaillées aux «habitants des zones urbaines sensibles» – et pas forcément à la cité voisine. Soraya Larguem, du Collectif des quartiers populaires qui a soutenu les habitants de Félix-Pyat, souhaite que ce seuil soit relevé à 20 %.