Marseille: Le père d'un officier de l'ex-Bac Nord crie à la manipulation

POLICE Il demande le report du conseil de discipline...

Mickaël Penverne

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Illustration: Un policier, police française.
Illustration: Un policier, police française. — BORIS HORVAT / AFP

Régis Dutto fait partie des policiers impliqués dans le scandale de la Bac Nord de Marseille, aujourd’hui dissoute. En 2012, l’IGPN, la police des polices, mène une perquisition à son domicile et y trouve une vingtaine de barrettes de cannabis. Il est mis en examen pour détention, transports et trafic de stupéfiants, vols et extorsions en bande organisée, et violences. Après 2 mois et demi de détention préventive, il est muté à Nice. Dans une semaine, avec cinq autres de ses collègues, il passera devant le conseil de discipline. Il risque la révocation.

Soumis au devoir de réserve, c’est son père, Joël Dutto, élu (PCF) à la mairie du 7e secteur et à la communauté urbaine, qui a pris sa défense mercredi devant les médias. « Il gardait ses barrettes pour rémunérer un de ses informateurs pour obtenir des renseignements, a d’abord expliqué le père. Évidemment, c’est interdit mais cela n’a rien à voir avec un trafic. Il les détenait pour avoir une plus grande efficacité dans son service et non pour un enrichissement personnel ». Selon lui, son fils et les autres policiers mis en cause dans cette affaire ne sont pas des « ripoux ». Au contraire, explique-t-il, c’est l’IGPN qui est à l’origine de ce scandale : « Elle a manipulé l’enquête - et je pèse mes mots. Lorsqu’un fonctionnaire détient des barrettes et qu’on ne le croit pas, il faut explorer toutes les autres pistes. Ils ne l’ont pas fait. »

Soutenu par les syndicats Alliance et Force Ouvrière, Joël Dutto souhaite que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls « garantisse que le conseil de discipline a tous les éléments objectifs pour qu’il prononce des sanctions justes et proportionnées à la réalité des faits. Car s’il s’appuie uniquement sur le rapport de l’IGPN, ce ne sera pas le cas ». Il demande donc un report du conseil de discipline tant que l’instruction judiciaire n’est pas terminée.

En octobre 2012, après plusieurs mois d’enquête de la police des polices, une quinzaine de policiers de la Bac Nord sont interpellés, placés en garde à vue puis mis en examen. Sept d’entre eux passeront par la case prison. Ils sont soupçonnés d’avoir volé et extorqué de l’argent et de la drogue à des trafiquants. Le procureur de la République, Jacques Dallest, parle alors de « gangrène ». Dans la foulée, Manuel Valls dissout la Bac Nord. Un an après, l’instruction judiciaire est toujours en cours mais les premières sanctions disciplinaires sont déjà tombées : de sept jours à deux mois de suspension selon les cas. En novembre, six autres fonctionnaires sont convoqués devant la commission. Mais cette fois, la menace est plus lourde. Selon les syndicats de policiers, ils risquent l’exclusion définitive. « On connaît déjà les conclusions du conseil de discipline, avance David-Olivier Reverdy du syndicat Alliance. Cinq fonctionnaires sur six vont être révoqués ». Également mobilisé, l’Unité SGP Police-FO, a « saisi » le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. « On attend sa réponse », conclut Diego Martinez.