L'incendie du Canet à la barre

Mickaël Penverne

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Le centre de rétention administrative du Canet en 2010.
Le centre de rétention administrative du Canet en 2010. — P. Magnien / 20 Minutes / Archives

Il est 17 h, ce 9 mars 2011, quand l'alarme incendie du centre de rétention administrative (CRA) du Canet (14e) se met à hurler. Le feu, parti de quatre endroits différents, gagne l'ensemble du bâtiment. Tout le monde – sans-papiers, policiers et intervenants associatifs – évacue le CRA en catastrophe. Une quinzaine d'entre eux, intoxiqués, termine à l'hôpital. Douze «retenus» sont placés en garde à vue. Six sont relaxés, six autres poursuivis. Au final, seuls deux hommes passeront à la barre.

Une vie meilleure


Mohamed Amza, 27 ans, et Djamel Benamar, 25 ans, ont quitté la Tunisie pour fuir la dictature de Ben Ali et se construire une vie meilleure, en France. Ils comparaissaient mardi devant le tribunal correctionnel pour destruction de biens publics. Le premier est soupçonné d'avoir mis le feu à son matelas dans la salle de télévision du CRA et d'avoir incité le second à brûler son lit au 1er étage. «Sept témoins vous mettent directement en cause», fait remarquer le président Fabrice Castoldi. «Ce sont sept menteurs, répond Amza. C'est vrai, j'ai pris mon matelas pour aller dans la salle de télévision. Mais comme tout le monde.» Il raconte aussi qu'il était au téléphone avec sa copine quand le feu s'est déclaré. «Je courais partout. J'ai cherché un extincteur, mais je n'en ai pas trouvé. Je suis donc sorti dans la cour», explique-t-il.

Le président se tourne vers Benamar : «Un témoin indique vous avoir vu mettre le feu à son lit.» Réponse : «Je ne sais pas pourquoi il dit ça. Je ne le connais pas.» Le procureur a requis un an de prison, dont 4 mois avec sursis, à l'encontre des deux prévenus. Ils ont finalement été condamnés à un an de prison et exécuteront cette peine en portant un bracelet électronique.

■ Soutiens et mobilisation

A l'appel notamment de la Cimade, une cinquantaine de personnes sont venues soutenir mardi Mohamed Amza et Djamel Benamar à l'extérieur et à l'intérieur du tribunal. «Les inculpés du Canet sont les victimes administratives arbitraires et injustes qui brisent des vies inutilement, indique un communiqué de la Cimade. Leur révolte, si elle a eu lieu, était légitime pour dénoncer une situation de violences.»