Fathi Bouaroua : «Des travailleurs logent dans les campings»

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Fathi Bouaroua, directeur régional de la fondation Abbé Pierre.

Des salariés qui gagnent moins de 60 % du Smic sont-ils des « travailleurs pauvres » ?

Malgré ce qu'on peut entendre dans les discours politiques ou les repas de famille, on peut être pauvre et avoir un emploi. Il y a des gens qui acceptent de travailler dans des conditions effroyables et qui n'ont quand même pas de quoi vivre. Dans les Bouches-du-Rhône et le Var, 20 à 25 % des campings trois étoiles sont occupés par des gens qui ont emménagé après avoir décroché un emploi, mais qui n'ont pas pu se loger. Un camping proche de Marseille affiche tous ses mobil-homes complets jusqu'en décembre 2007.

Le logement est-il le principal facteur d'exclusion ?

Dans les statistiques aujourd'hui, on est pauvre quand on gagne moins de 600 e par mois. Mais ce seuil devrait être beaucoup plus élevé si on prend en compte l'explosion des coûts du logement. Aujourd'hui, c'est le principal poste de dépense d'un ménage. Et les aides sociales n'ont pas augmenté au même rythme que les loyers ou les charges locatives.

Quelle est la situation dans la région ?

Dans les Bouches-du-Rhône, 80 % de la population entre dans les critères des logements HLM. Les communes devraient donc avoir des programmes ambitieux. Or la plupart n'atteignent même pas le minimum légal de 20 % de HLM. Elles ne sont pas sanctionnées, alors qu'elles enfreignent la loi.

Dans toute la région, l'Etat et les communes ont pourtant lancé des politiques de construction de logement.

Les communes misent trop sur les logements « à loyers maîtrisés » ou sur les HLM de gamme supérieure, alors qu'il y a une forte demande sur les gammes « très sociales » [plafond de revenu à 8 500 e par an pour une personne seule]. Créer des logements intermédiaires va peut-être permettre de libérer quelques HLM, mais cela ne sera pas suffisant. Il y a une telle demande qu'on est confrontés à une vraie concurrence entre les pauvres sur les logements les moins chers.

C'est un problème de volonté politique ?

Je constate qu'on est plus efficace quand il s'agit de cadres et d'intérêts économiques, en gelant des terrains pour éviter la spéculation autour d'Iter par exemple, que pour construire des HLM destinés aux plus démunis.

Les projets de HLM rencontrent aussi une forte opposition des riverains...

Mais une fois le HLM construit, les premières demandes de logement émanent des riverains ! Aujourd'hui, il y a des pauvres intégrés, qui restent invisibles. Il faut répéter qu'un pauvre peut être fils de médecin ou d'avocat, qu'il ne trouvera pas à se loger et devra rester chez ses parents parce que tout est trop cher.

Recueilli par Frédéric Legrand