Le mémorial de l'Outre-mer fait des vagues

©2006 20 minutes

— 

C'est déjà toute une histoire. Le mémorial de la France d'Outre-mer n'est pas encore sorti des cartons qu'il fait déjà couler beaucoup d'encre. Lancé par l'Etat en 2004, en partenariat avec la ville de Marseille, ce projet, destiné à retracer l'histoire et conserver la mémoire des populations ayant vécu dans les colonies d'Outre-mer, devrait ouvrir en 2007 près du Parc Chanot, site des anciennes expositions coloniales. Une initiative qui, après le débat autour de la loi de 2005 sur le rôle « positif » de la colonisation, suscite la méfiance de plusieurs associations. Celles-ci ont lancé un « appel à la vigilance », s'interrogeant sur le caractère « idéologique » du projet. La question sera posée demain, à l'occasion d'un colloque* intitulé « Mémorial de l'Outre-mer ou historial du colonialisme ? », organisé par le Mrap, la Ligue des droits de l'homme et Survie.

« Un mémorial est un lieu d'hommage aux victimes. Qui seront les victimes évoquées puisqu'il s'agit d'un hommage aux colons ? », note Evelyne Varlaque du Mrap. Autre point soulevé, la composition du comité chargé d'élaborer le programme scientifique, culturel et éducatif du Mémorial. « Si ses membres sont irréfutables, ce n'est pas uniquement aux historiens de la métropole de raconter cette histoire, poursuit-elle. Il doit y avoir un regard croisé. » Si les organisateurs du colloque assurent vouloir « ouvrir le débat », les partisans du mémorial dénoncent un « procès d'intention ». « Ce lieu ne fera pas l'éloge du colonialisme et ne condamnera pas non plus le rôle de la France en Outre-mer, répond Jean-Claude Gondard, secrétaire général de la ville. On ne dit pas ce que doit être l'histoire, on dit que cette histoire doit être connue et débattue. » Pour juger sur pièce, il faudra attendre : l'appel d'offres pour la réalisation du projet devrait être déclaré infructueux pour cause de « prix inadaptés », indique la mairie, qui devrait lancer une nouvelle procédure « d'ici à la fin de l'année », pour une ouverture prévue au plus tôt, fin 2008.

Stéphanie Harounyan

* A partir de 9 h 30, à la fac Saint-Charles (dans l'amphi chimie). Entrée libre. Programme des débats sur survie-france.org