«Cette ville mérite mieux»

Propos recueillis par Mickaël Penverne

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Rémi Duchêne a gardé sa passion pour la cité phocéenne.
Rémi Duchêne a gardé sa passion pour la cité phocéenne. — p. magnien / 20 minutes

Rémi Duchêne a vécu 22 ans à Marseille avant de prendre le large. Après l'ENA, où il croise Jean-François Copé et Nicolas Dupont-Aignant, il devient haut fonctionnaire à Bruxelles, juge à Lyon puis fonctionnaire au ministère de l'Intérieur. Il vient de publier L'Embarcadère des lettres, aux éditions Jean-Claude Lattès.

Que ressentent la plupart des écrivains en arrivant à Marseille ?

D'abord un sentiment de liberté. Simone de Beauvoir, par exemple, a l'impression de s'émanciper de la tutelle sartrienne. Quand Paul Valéry rend visite à Jean Bollard [éditeur des Cahiers du Sud], il fait tomber tout le frac académicien. C'est quelque chose que je ressens : quand je reviens ici, je tombe la veste. Il existe une façon d'exister à Marseille comme nulle part ailleurs. Ensuite, les auteurs sont saisis par les contrastes de la ville : la splendeur de la rade face à la noirceur de la misère qui existait déjà à l'époque.

Que retiennent-ils de la ville, son côté clair ou obscur ?

La plupart se sont émerveillés du bonheur de vivre marseillais, de ce simple plaisir d'être là, et d'être heureux de peu. C'était une époque de prospérité mais de prospérité relative. Pourtant, contrairement à aujourd'hui, il n'y avait pas d'autoflagellation des habitants.

Mais ont-ils tous aimé Marseille ?

Non. Louis-Ferdinand Céline, par exemple, l'a détesté. Il n'a pas aimé sa pagaille, sa population mélangée, son incivisme.

Certains de ces écrivains sont-ils restés ?

Non, Marseille a toujours été un embarcadère. Bien sûr, Antonin Artaud ou Marcel Pagnol ont grandi ici mais il n'y a eu pas d'école littéraire marseillaise. Pourtant, je trouve que cette ville est comme M. Jourdain : elle fait de la poésie sans le savoir. Elle m'émeut profondément et mérite mieux qu'une caricature.

■ Cinq ans de travail

« L'Embarcadère des lettres » raconte les rencontres entre Marseille et les écrivains entre 1900 et 1950. Fruit de 5 ans de travail, il est publié aux éditions Jean-Claude Lattès. Pour l'instant, Rémi Duchêne ne sait pas si le tome 2 verra le jour.